[Live Report] Katel au Café de la danse 10/05/16

12 mai 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Et je me jetterai dans la rue…

En concert au Café de la danse, Katel présente un nouvel album qui oscille entre féérie et chanson française.  

Drôle de parcours  que celui de Katel dont le son pop rock s’est peu à peu effacé pour prendre un tour plus étrange avec cette « Elégie » qui explore les affres de la rupture sentimentale. Elle y chante notamment ce moment de désespoir et de haine, de quasi-folie qui précède l’apaisement. Un tourbillon solidement orchestré autour de claviers et percussions soutenu par un chœur de 4 voix féminines tantôt en sourdine, tantôt au centre des compositions qui semble chaque fois tenter la synthèse entre chanson à texte et partition contemporaine (« Saisons », « Danse sur le lac de Constance »). Ou peut-être s’agit-il simplement de crever le mur du son de la variété, la porter en dehors de son pré carré ? On se retrouve alors dans un univers inconnu qui curieusement rappelle des orchestrations d’une musique de film et même d’une comédie musicale (lMichel Legrand ?) .

Drôle de rencontre aussi pour ceux qui la découvre : Karen /Katel est toujours à rebours de la grandiloquence lorsqu’elle commence à parler avec le public pour qui elle dévoile un humour subtil de grande rêveuse. Dans une autre vie, elle réalise et produit les disques de plusieurs artistes majeures de la scène actuelle telles Maissiat, Fiodor Novski et Robi. Mieux, elle parvient à créer une sorte d’esprit de groupe où se croisent des musiciens finalement assez différents. Pas un hasard donc qu’elle ait proposé à Lou d’assurer ce mardi la première partie de son concert.  Cette chanteuse culte fait le lien entre le rock crépusculaire de la scène indépendante (le Bashung de « Novice », le Dominique A de « la Fossette ») et le son électronique d’aujourd’hui avec lequel elle tisse un univers lettré d’ombres et de lumière. Au Café de la danse, elle a donné un magistral aperçu de la puissance tranquille de son art qui mériterait que l’on s’y intéresse de près. C’est sans doute le message qu‘une Katel toujours  inspirée et partageuse a voulu faire passer à son public.

Drôle de concert finalement, ponctué de quelques morceaux joués seule à la guitare sèche et porté par cette blessure sentimentale rappelant la « belle abandonnée » que  chantait Brigitte Fontaine (Infantes fardées/pour quelque intermède/Duègne grisée/dans son tutu raide). Le disque est joué de bout en bout, révélant quelques tubes en puissance (« Cyclone », le « je me jetterais dans la rue » du titre « A l’aphélie »). Il suit en cela la logique du concept album sans pour autant véritablement clarifier les circonstances et le récit de ce chagrin d’amour. Mais c’est justement ce qui fait la réussite de cette « Elégie », un mélange de sophistication baroque et d’inquiétant mystère derrière un éternel sourire angélique.

Antoine Couder


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