Laura Cahen : « Une chanson c’est pour moi une image assez fixe avec des petits mouvements »

14 février 2017 Par
Yaël Hirsch
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Laura Cahen est une étoile montante de la chanson française qui nous vient de l’est (Nancy) et qui propose avec son album « Nord » sort le 24 février, elle ouvre l’un des concerts phares du Printemps de Bourges où l’on retrouvera Vianney, Jain et Boulevard des airs, le 20 avril et elle a rencontré les équipes de Toute La Culture dans les cadre de nos interviews avec l’Eicar, « les lundis au soleil ». 

Comment s’est passée la gestation de Nord ?
Ça fait effectivement un long moment que je travaille sur ce disque, peut-être bien quatre ans. Il y a eu une longue période d’écriture. J’ai vraiment voulu prendre ce temps-là parce que j’ai sorti un premier EP en 2012 mais très rapidement. Après je me suis dit « bon on va réfléchir un petit peu » et je me suis posée. J’ai réfléchi vraiment à ce que j’avais à l’intérieur de moi et j’ai pris le temps d’écrire et de réfléchir à une direction musicale à une trajectoire précise et après a enregistré avec Samiosta le réalisateur. Et puis comme c’était vraiment assez différent du premier EP où j’étais déjà exposée, on s’est dit qu’il fallait amener les choses en douceur. Et on a décidé de sortir un EP avant l’album. Il s’appelle « Eau » est sorti en juin 2016 et on retrouve des titres de l’album. C’est comme une petite carte de visite de l’album qui arrive et qui s’appelle Nord.

Nord, c’est aussi un peu « les quatre saisons » en 2017 ?
J’avais envie de cycles justement parce que j’avais envie de noter le temps que ça m’a sd’écrire ce disque et de le fabriquer. J’ai aussi géré des choses compliquées d’un point de vue personnel et j’avais envie qu’on ait cette sensation aussi de renouveau, de cycle et de séparation entre l’ombre et la lumière. A ceci s’ajoute le fait que lorsque j’écris des chansons j’essaie de ne pas réfléchir en termes d’histoire avec un début et une fin, mais de fonctionner plutôt en tableaux. Une chanson c’est pour moi une image assez fixe avec quelques petits mouvements. Par contre, pour la globalité de l’album, j’avais envie d’imaginer une histoire, pas un simple tableau mais une succession de tableaux.

L’album commence avec « Loin ». Que vaut pour vous l’idée de départ ?
Nord est à la fois une migration, une transhumance et une invitation au voyage. J’imagine la chanson « Loin » comme une invitation au voyage. Mais c’est aussi vouloir sortir de soi et aller le plus loin possible. Elle veut dire beaucoup pour moi cette chanson j’avais vraiment envie de la mettre en valeur et donc en premier.

« Froid », le premier extrait est une marche militaire, « Ça dépend des saisons », c’est plus reggae… Où allez-vous piocher pour mêler différents univers musicaux à ton monde à toi ?
La marche sur froid a en effet un côté un peu guerrier. C’est une histoire de migration un peu forcée, on y va et on est obligé. J’avais cette volonté de montrer un côté un peu apache. Ma mère a fui la guerre d’Algérie quand elle avait 11 ans et c’est pourquoi j’ai appelé cet album Nord et tout ça c’est parce que ça me renvoie au voyage de ma mère et plus loin à mes ancêtres qui sont passés d’abord l’Espagne et plus loin le Maroc, l’Algérie et puis la France et moi j’habite à Nancy donc ça veut dire que c’est bien plus au Nord. Et moi je suis toujours en vadrouille, j’ai un appartement à Nancy mais je ne sais pas si j’arrive vraiment à me poser, je crois que j’ai vraiment besoin de bouger, le besoin de cette migration… Pour « Ça dépend des saisons », je n’ai pas d’explications précises. C’est l’une de mes plus vieilles chansons et j’avais envie qu’elle soit là pour aller avec mon idée d’album comme cycle saison. C’est Samiosta le réalisateur qui m’a dit « Tient pourquoi on ne ferait pas un reggae là-dessus? ».
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Quelle est la place des mots quand tu composes ?
Les mots pour moi sont très importants mais d’abord ils doivent sonner. Ils doivent rentrer les uns avec les autres tout de suite quand j’écris, si je commence par le texte ce qui m’arrive de moins en moins souvent, j’ai besoin de directement entendre déjà une mélodie possible avec ces mots. C’est pour ça que je choisis très précisément les mots pour que dans mon oreille, ça marche tout de suite. J’essaie de ne pas réfléchir au sens et je m’empêche d’écrire une histoire. Je laisse aller ma plume un peu comme elle vient.

Les échos noirs de « Je sombre » font-ils échos à ce que l’on a vécu avec les attentats des deux dernières années ?
C’est clair que mon écriture se noircit et parle de plus en plus de ça. Mais pas dans cet album, puisque tout a été écrit et enregistré avant les événements du 7 janvier et du 13 novembre. Je ressens des choses effectivement, mais comme je disais, quand j’écris, je ne réfléchis pas j’essaie de donner ce qu’il y a de plus instinctif et peut-être même. Je ne veux pas y mettre de l’intellect.

Peux-tu préciser ce qu’est cette animalité ?
On a tous un instinct un peu sauvage, on a tous des envies de crier par exemple. Et quand j’écris j’essaie de rechercher ça, c’est peut-être un peu abstrait mais vraiment essayer de se débarrasser du cerveau et sortir les mots qui viennent du ventre je ne sais pas comment dire puisque c’est vrai nous on est des êtres de cerveau, le langage c’est le propre de l’homme mais je pense qu’on peut essayer d’aller chercher des sensations dans les mots tout simplement et pas forcément du sens même s’il y aura toujours quand même du sens.

Vous parliez de vous protéger. Sur scène, c’est difficile de s’exposer ?
Je suis toujours un peu stressée avant de monter sur scène et c’est là que j’ai vraiment envie de montrer quelque chose de sensible. Quand je regarde un spectacle j’aime bien être transportée, voyager et même des fois j’aime bien pleurer devant des choses qui me touchent c’est donc ce que j’ai envie de transmettre, de partager un moment de voyage avec les gens, d’essayer de leur montrer un peu cette migration.

L’univers graphique du disque, c’est une autre manière de partager une émotion ?
J’avais envie de donner vraiment un coté un peu guerrier et apache et je l’ai retranscris par ce masque et aussi la symbolique de l’oiseau avec les plumes et aussi le masque noir, l’oiseau noir j’avais envie d’incarner un peu ça sur les images. C’est un ami qui s’appelle Frédéric Arnoux, qui fait les photos, et après pour la pochette du disque, c’est moi qui ai tout mis en page.