[Interview] La Féline « je ne jette rien chez les gens et surtout pas les sentiments »

27 janvier 2017 Par
Antoine Couder
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Agnès Gayraut aka la Féline peuple les rêves des fans de musique depuis une petite dizaine d’années . Sa discographie  entre new wave et rock’n roll s’adoucit aujourd’hui dans ce « Triomphe » produit par Xavier Thiry, également aux commandes d’un autre grand disque du moment, « Plus près de toi », de Fishbach. De ce qui vient d’Agnès, on aime à peu près tout ; ce qu’elle est et ce qu’elle essaie d’être, la théoricienne,  la sentimentale et la révoltée. Celle dont la musique voudrait « consoler »  est aussi une aventurière solitaire qui ne renonce jamais à multiplier les expériences, les projets et donc les disques. On la croise au Point Ephémère où elle enchaîne les interviews en buvant un sirop d’orgeat, avant de disparaître brièvement le temps d’une cigarette fumée dans le grand froid de ce jeudi 26 janvier 2017.

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« … On sort fumer une cigarette ; l’amour ça  se prend et puis ça se jette… Pour tout bagage, on a vingt ans… » Est-ce que ces  mots de Léo Ferré vous inspirent  ?

J’adore Léo mais pour le coup, je ne m’y retrouve pas. Je suis une personne extrêmement fidèle, je ne jette rien chez les gens et surtout pas les sentiments.

Dans les titres « Trophée» et « Songa », on sent pourtant la guerrière, la Princesse Xena qui semble naviguer dans un monde violent et irréel, celui de la musique peut-être, celui où les femmes doivent se battre pour trouver une place.

II y a de ça, c’est vrai, mais pas seulement ! J’ai envie de parcourir des mondes inconnus, pas forcément prévus « existentiellement ». C’est vrai, en tant que femme, il y a toutes ces émotions physiques que j’essaie de raconter, de faire ressentir mais puisque je suis fidèle, je suis aussi une guerrière bridée. « Trophée » si on écoute bien, c’est aussi une sorte  d’offrande que je tends pour me faire reconnaître, pour me faire aimer. « Si j’ai conquis, c’est pour toi » Drôle de retournement…

Vous chantez et composez et vous écrivez également. Vos articles pour le journal Libération sont magnifiques. Je suis frappé de constater que vous êtes une créatrice sans modèle apparent

Je m’invente un peu toute seule et je veux surtout rester dilettante, me concentrer sur ce qui relève des affects et du ressenti. Je fais très attention de rester à distance du journalisme. Au fond, je crois que j’écris d’abord en musicienne, des textes que pourraient écrire n’importe quel musicien, dans cette idée qu’il y a toujours un auditeur dans chaque créateur.

Votre travail d’écriture se prolonge dans la philosophie puisque c’est votre discipline, votre travail : vous êtes une théoricienne de la pop-culture. Comment le vivez-vous au regard du monde de la musique ?

J’ai longtemps été un peu honteuse de ce côté intello, j’avais peur d’être mal jugée parce que la pop culture c’est justement tout le contraire, c’est la spontanéité, c’est ce qui ne s’explique pas. Et côté universitaire,  l’accueil n’est pas forcément très chaleureux non plus, le monde savant n’est pas toujours très intéressé par l’objet « pop », par la culture populaire. Il y a un effet de miroir inversé.  Aujourd’hui, je commence à m’y faire, je sens bien le « tabou » mais de plus en plus, il m’indiffère et j’ai de moins en moins de craintes à m’exprimer. Pour autant,  je sais parfaitement que la théorie n’a jamais permis à personne d’écrire une bonne chanson.

Quand on pense à Christine and the Queen, on peut se dire que les choses commencent à bouger ?

C’est vrai !  Christine a ébranlé le tabou,  elle a glissé de la théorie dans ce qui a fait sa réussite. Mais elle s’appuie aussi sur quelque chose de sociétale qui change un peu la donne. Pour moi qui suis dans cette pure théorie, la dialectique, Adorno … c’est beaucoup plus difficile à pitcher !

En ré-écoutant les harmonies, la mise en avant de la voix, j’ai senti quelque chose comme un désir de R’n’B’

Ah oui, peut-être ! C’est une musique qui est tellement présente dans notre vie, elle envahit tout alors elle m’envahit aussi, très certainement ! J’ai surtout voulu retrouver la chair après l’expérience d « Adieu l’enfance », mon disque précédent qui était une sorte de « pur esprit ».  Cette fois, le corps revient, c’est très clair avec « Nu, jeune, léger » qui clôt l’album. Et, en effet, la voix est moins diaphane.

Alors d’où vient votre musique, qu’est -ce qu’elle représente  ?

C’est une berceuse, quelque chose de très doux; ça vient de très loin, d’avant l’écriture…

La Féline – nouvel album sorti aujourd’hui

En concert à la Maroquinerie le 16 mars

Senga, Kwaidan records

 


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