[Interview] Charlotte Savary sort son premier album solo « Seasons »

9 mars 2017 Par
Ophelie Masson
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Nous avons eu le plaisir de rencontrer Charlotte Savary, qui nous accueilli dans son appartement parisien, à la déco design et soignée. La chanteuse sort son premier album solo intitulé Seasons, qui nous parle d’amour sur des sons d’inspiration folk.

Tu sors ton premier album solo, que peux-tu nous en dire en quelques mots ?

Charlotte Savary : c’est un album qui s’appelle Seasons, qui est sorti le 7 octobre 2016 et qui parle d’une relation amoureuse à travers les saisons. C’est une relation amoureuse que j’ai vécue. C’est un album folk, en anglais et plutôt cinématique.

C’est donc la première fois que tu fais un album solo et tu le fais avec un projet très personnel. Comment est-ce qu’on se lance dans un telle aventure ?

C’est venu progressivement. J’avais vraiment envie au départ de trouver des gens, de trouver un label. Je n’avais pas envie de faire ça tout seule. Et puis finalement je n’ai pas eu de propositions satisfaisantes de la part de labels. C’était un projet assez coûteux à monter avec assez peu de débouchés en style musical. Au fur et mesure que je rentrais en production de l’album avec Emmanuel Armstrong j’ai commencé à me dire « cet album, je vais le sortir seule ». Ça m’a permis de tout maitriser de A à Z, étant donné que c’est quelque chose de très personnel je trouvais que finalement c’était la meilleure solution. Mais c’était aussi la voie la plus difficile ! Ça représente énormément de travail, de choses que je ne savais pas faire jusqu’alors comme gérer la production des clips, trouver un distributeur, savoir comment on présente un album, un vinyle, le mastering, toute la production en studio avec un réalisateur, trouver des musiciens, organiser des répétitions. Il y a vraiment énormément de choses et ça m’a autant appris au niveau gestion d’un projet culturel, qu’au niveau artistique : se poser les bonnes questions, de n’avoir personne derrière soi pour prendre la décision finale. Par exemple quand il a fallu choisir un premier morceau à clipper j’ai été la seule à choisir et m’a conviction était de partir sur « Winter ». Et puis dans mon entourage tout le monde n’était pas convaincu par ce choix-là. Donc j’ai du porter mes décisions. C’était une partie très intéressante. Jusqu’à présent j’avais fait de la musique avec Wax Tailor, Felipecha ou même mon premier groupe Clover très entourée, par des labels, des managers etc. Cette fois la démarche est plus personnelle, à l’image du projet.

Tu parlais de l’inspiration de cet album qui te vient des quatre saisons, peux-tu nous expliquer davantage d’où ça vient. Est-ce que c’est une inspiration de la musique classique avec les 4 saisons qu’on connaît ?

Ça a été complètement biographique, et non Vivaldi n’a rien à voir là-dedans. J’ai eu une relation assez longue, de 7 ans. La fin de la relation et le renouveau après, ce sont passés chronologiquement en automne, en hiver, au printemps. Donc j’ai vécu le délitement de ma relation au autonome, le deuil après la relation en hiver et un renouveau en printemps. L’album commence sur l’été, quand tout se passe bien et à la fin de l’été on commence à sentir un changement. Je n’ai pas suivi l’ordre des saisons habituel tout simplement parce que pour moi ça s’est passé différemment.

Dans le clip de Coming Home, où nous sommes en été, tu parles donc de ta maison. Elle est où pour toi, ta maison. Quand tu dis que tu rentres chez toi, c’est où, c’est avec qui et ça représente quoi pour toi ?

La maison pour moi représente le foyer, la relation. Et dans le clip on a symbolisé ma deuxième maison, c’est-à-dire la tournée. Par exemple en ce moment je suis en tournée six jours par semaine, je suis arrivée hier matin et je repars ce soir donc je suis à la maison même pas le temps d’un weekend et ça dure comme ça pendant des semaines et des semaines. Dans le clip, on a donc deux maisons : celle en tant qu’artiste qu’on prend avec soi sur le dos et puis celle dans laquelle on revient et il n’est pas forcément aisé de faire des aller-retours émotionnels comme ça. C’est ce que j’explique dans la chanson : quand je pars en tournée je n’ai qu’une envie c’est de retrouver mon amoureux, et puis quand je suis à la maison j’ai envie de repartir. C’est un antagonisme qu’on retrouve souvent chez les artistes. On vit plein de choses formidables en tournée mais on a aussi besoin de cette attache, de son ancrage et des gens qu’on aime, quand on revient.

Pour toi Paris, est-ce que c’est ta maison quand tu reviens ou est-ce que tu te vois aussi t’ancrer peut-être ailleurs ?

Pour l’instant c’est Paris parce que j’ai grandi en banlieue parisienne et j’ai toujours vécu à Paris. Mais je peux imaginer bouger un jour, si je change de vie. Toute ma carrière musicale est plutôt instaurée à Paris, ma famille et la plupart de mes amis aussi, donc cette attache-là est importante d’autant plus que je pars souvent et dans plein d’endroits différents. C’est ma ville, et parfois comme beaucoup de parisiens je la déteste (rires) mais plus je pars et plus j’apprécie de revenir.

Est-ce que tu pourrais nous raconter un peu davantage comment s’est passée l’écriture de cet album, et ensuite sa réalisation ? Le message de cet album est sensible, comment as-tu vécu ce moment ?

J’ai commencé à écrire en 2010 et je me suis rendue compte au fur et à mesure que beaucoup de mes compositions étaient ancrées dans les saisons. En plus tout ça se passait à un moment hyper biographique, à un tournant pour moi dans mon histoire amoureuse. Donc quand j’ai commencé à imaginer les choses au travers des saisons, j’ai vraiment tout imaginé en le composant en triptyque de morceaux, en retournant les saisons puisque ça commence en été et que ça finit au printemps. Et à cette période j’ai fait écouter les maquettes des morceaux à Emmanuel Armstrong qui avait réalisé deux albums de Felipecha. Il m’a dit « j’adore ce concept et je te propose de le réaliser en un an ». C’est-à-dire un peu comme il a été composé. On prenait le temps d’une maturation du son, de se poser les bonnes questions, de se demander quels instruments on allait utiliser. On a puisé dans ce qui se passe à l’extérieur pour les arrangements de l’album.

On finit l’album sur le printemps, qu’est-ce que ça représente ?

Sur cet album le printemps c’est le renouveau, le moment où j’ai sorti la tête de l’eau, je me suis aperçue qu’il pouvait y avoir des avantages au célibat. Dans « Winter » j’explique à quel point je m’étais projetée dans la relation, et donc que j’ai du dire au revoir à la famille, aux enfants. Il a fallu que je fasse un 360 et je me suis retrouvée avec une page blanche au printemps. Comme je suis une personne assez optimiste, je me suis dit maintenant que je me retrouve dans cette situation je vais en profiter. Donc le printemps c’était des rencontres, des nouveaux projets tant amoureux que musicaux. C’est vraiment l’idée que tout est cyclique, que tout revient et que bien qu’il y ait du deuil, la mort et des choses difficiles, il y aura toujours un printemps.

Mais si c’est cyclique, ça veut dire qu’on vit toujours la même chose ?

Non, l’hiver parfois ça peut être doux avec son amoureux.se et puis ça peut être seule face aux éléments. Donc chacun son printemps, son hiver, sa manière de vivre les saisons. Je pense que pour moi le printemps c’est toujours, et pour beaucoup de monde, une euphorie et des beaux jours qui reviennent. On a souvent cette douceur de vivre au printemps, de voir les arbres en fleur et le soleil qui revient, ça touche tout le monde je pense.

Dans ce printemps spécifique que tu as vécu, tu parles de nouveaux projets qui te sont venus. Est-ce que finalement cette rupture aurait relancé ton élan créatif ?

Oui, tout à fait. Ça a été un coup de ricochet. Au printemps j’ai vécu plein de choses, j’ai expérimenté et ce n’est donc pas un moment pendant lequel j’écrivais ou composais. Quand on est créateur on a besoin d’inspiration et c’est pas en restant chez soi qu’il va se passer quoi que ce soit. Donc être confrontée à l’extérieur m’a permis de retrouver l’inspiration, quelques saisons plus tard.

Si on se projette dans les saisons à venir, qu’est-ce qui te fait envie et où est-ce que tu te projettes ?

Quelques semaines après la sortie de l’album je me suis mise à recomposer quelque chose qui avait été arrêté dans le temps, c’est un instantané de vie que j’avais posé là comme ça mais qui n’était pas fini. J’ai en tête un deuxième album bien sûr mais j’ai aussi un autre projet qui me tient à cœur avec une amie musicienne qu’on est en train de continuer. J’espère bien qu’au printemps prochain j’aurais déjà quelque chose de concret.

Si on se projette vraiment plus loin, dans 10 ans, tu es où, tu fais quoi, avec qui ?

Je ne suis pas du tout dans la projection à long terme donc je ne peux pas dire. Je suis toujours sur du court-terme et je préfère. Je n’ai jamais su me projeter et donc je pense que c’est aussi pour ça que je n’ai jamais été déçue de là où j’étais. Je pense à mes projets sur 2 ou 3 ans maximum.

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