[Interview] Arno, motherfucker incognito !

8 février 2016 Par Bérénice Clerc | 0 commentaires

Arno, chanteur enchanteur, livre Human Incognito, son 32ème album où, comme à Bruxelles, la ville qu’il aime tant, langues, émotions et énergies se mélangent pour éclairer le monde autrement.

Quelques jours avant d’écrire sa lettre à Donald Trump, Arno nous a donné rendez-vous pour parler de musique et de vie.

Paris s’est recouvert de froid, l’hiver glisse lentement sur la peau fragilisée des habitants de la capitale. Les pieds avancent mais gèlent, un sourire, un échange de regards, rien n’est en trop pour se sentir ensemble dans un monde où l’autre est possible, la différence une richesse à explorer, la musique un ailleurs, en mots et notes dansés.

Une longue rue à descendre, personne, à peine une femme armée d’une baguette de pain, un chat hasardeux, des voitures mal rangées. La Maison de la Radio en ligne de mire, à l’angle, un café, ouvrir la porte pour se réchauffer et retrouver Arno. Il est déjà là en pleine conversation sur une banquette ; devant lui une grande tasse vide et un petit pot digne des plus belles dînettes en porcelaine fine. Une douceur flotte, des rires, de la présence, certains clients le regardent et le reconnaissent, d’autres ne remarquent pas ce quidam à cheveux gris.

Une de ses belles mains nous appelle, des contours lisses comme si la vie n’avait pas eu de prise sur sa douceur. Son visage et ses cheveux à contre sens accrochent la lumière du soleil discret laissé derrière les vitres.

« Tu es sage toi ? »

« J’essaye parfois. »

« Alors ça va on peut parler ! Non mais tu vois je contrôle tout moi dans ce monde. Si je ne suis pas là qui va le faire ? !

Aujourd’hui, demain est mort, alors viens on parle là maintenant »

Présentez-nous Human Incognito votre dernier album.

Arno : Je suis un chanteur de charme raté inspiré par l’être humain depuis toujours, même par les chiens ici dans une chanson ! Je me cache dans mon propre surréalisme. Je suis un voleur comme tout le monde, sans l’être humain je n’ai pas d’inspiration. Je regarde le monde et je l’écris comme il m’arrive. La vie est un cinéma, cet album est un nouveau film sur les humains. Je suis un spécimen de cette race humaine.

Allez-vous chercher l’inspiration pour écrire un album ou cela vient-il naturellement ?

Arno : Je suis un voyeur, j’absorbe tout ce qui se passe, je ne rate rien. En Europe nous vivons dans un monde très conservateur, en ce moment le conservatisme a une érection comme la Tour Eiffel. Cela m’inspire, je ne suis pas du tout un conservateur, pas du tout.

Qu’est le conservatisme pour vous ? :

Arno : Tout est dans le rock, figé dans la pierre. Mon père a vécu une guerre mondiale, mon grand père deux en Europe… Quand j’étais jeune dans les années soixante, c’était la première fois que les jeunes créaient leur propre culture, musique, mode… Il y avait une révolte contre le système dans le temps, dans les années soixante dix. A cette époque il n’y avait pas de crise, tout était possible. Maintenant la crise est là, c’est en train de changer, il y a des jeunes qui font des études pour un métier qui n’existera peut-être plus dans cinq ans, tout est possible maintenant aussi. L’Europe existera encore dans cinq ans et quand on voit comment les gens votent en Europe pour l’extrême droite c’est fou, c’est triste et ça m’inspire.

La montée de l’extrême droite en Europe vous fait-elle peur ?

Arno : Oui ! Regarde le passé, les années trente, il y a des gens qui sont venus avec des moustaches. Il y avait une grosse crise, tout le monde avait peur. Un type moustachu est arrivé en Allemagne, puis un autre avec une moustache plus impressionnante encore, en Russie !

Pensez vous un retour possible à ce type de politique extrême ? Pensez-vous notre époque comparable à celle des années trente ?

Arno : On est déjà dedans peut-être. On a trop le nez dedans pour le savoir. Il ne se passe rien, il n’y a pas de révolte, personne ne bouge.

Selon vous pourquoi les gens sont bloqués, sclérosés, sans révolte ?

Arno : Je ne sais pas, je me le demande tous les matins. J’ai envie de dire à la jeunesse Wake up motherfuckers ! Mais pas seulement à la jeunesse, nous aussi nous sommes immobiles, nous devons tous nous révolter contre les extrêmes.

J’ai un problème, toute cette époque n’est pas très belle à voir mais ça m’inspire pour faire des chansons. Si tout se passait bien, qu’on vivait dans un monde parfait, je serais dans la merde !

Par quelle énergie êtes-vous animé, qu’est-ce qui vous donne encore envie d’écrire, de chanter ?

Arno : Je fais des albums pour faire de la scène. C’est une partie de ma vie, je suis constamment en tournée.

Qu’aimez-vous le plus sur scène ?

Arno : Quand je fais des tournées, je ne bois pas, je ne suis pas dans les bars et dans la rue. C’est bien pour mon foi ! Je suis accro à la scène, dépendant à l’adrénaline. C’est mon meilleur morceau de viande et je l’aime.

Vous n’avez jamais été fatigué, las de chanter, sans envie de monter sur scène ?

Arno : Ah non jamais, jamais de la vie. C’est ma drogue, ma pilule de vie. En tournée je vois le monde, c’est incroyable. Je ne dois pas faire le ménage à la maison, les petits rôtis de veaux tombent directement dans ma bouche, pas besoin de faire le petit déjeuner il vient tout seul… Je ne pourrais jamais me plaindre.

Pensez-vous que l’Europe existe vraiment et qu’il est possible de se vivre comme européen

La tournée c’est un peu comme une enfance éternelle ?

Arno : Oui exactement, c’est exactement ça.

Vous chantez dans le monde entier, faites-vous la différence entre vos différents publics ?

Arno : Je chante pour tous ceux qui on deux trous dans leur nez ! je chante pour l’être humain, en général ils ont partout deux trous dans leur nez.

Pensez-vous que l’Europe existe vraiment et qu’il est possible de se vivre comme européen ? :

Arno : J’habite dans une ville, Bruxelles, c’est la capitale de l’Europe. Là bas ça existe vraiment. A Bruxelles nous vivons avec cinq langues. C’est pas loin de Paris Bruxelles, avec le train une heure et quart, viens i tu veux !

Comment avez-vous vécu les tueries du 13 novembre à Paris ?

Arno : Je me souviens il y a quelques années j’ai fait un concert à Beyrouth au Liban. A deux cent mètres de mon hôtel il y a eu une grosse explosion. Je me disais à l’époque, quelle chance d’habiter en Europe ! Ce sont des humains qui font ça, tu te rends compte ?

Quand je suis sur scène je ne pense pas à ça, je ne veux pas penser à ça mais tout est possible. Ca peut arriver partout, dans la rue, dans le métro, un café, alors c’est mieux de ne pas penser à ça.

Quelle est votre chanson préférée dans cet album ?

Arno : Je ne peux pas dire ça…

Quand je fais un album, je fais de mon mieux et je donne ça au public. C’est le public qui décide, je n’écoute pas mes propres chansons !

Je fais de la scène, j’attends de les jouer sur scène.

Vous étiez plus inspiré par l’anglais pour les textes de Human Incognito ?

Arno : Non pas forcément, les choses me viennent en anglais ou en français, je vis dans une ville où on parle cinq langues.

Ma grand mère est anglaise, j’ai des français, j’ai toutes les nationalités en moi. J’ai des enfants avec une française mais ce n’est pas de ma faute ! Les langues sont en moi, elle me traversent.

Dans quelle ville vous sentez-vous le mieux dans le monde ? :

Arno : Où je suis !

Avez-vous des envies de collaborations, de duos ?

Arno : Avec Mireille Mathieu ! Elle ne veut pas… Je suis triste ! J’aime la bouche de Mireille Mathieu, elle a une belle bouche. Elle est incroyable, elle a bientôt 150 ans je pense, elle ne change pas, je ne connais personne comme elle !

Quel rapport entretenez-vous à votre corps et votre cœur ?

Arno : Le corps je lui donne la scène, je pars la semaine prochaine en tournée, 60 dates en France et toute l’Europe aussi, mon sport c’est la scène. Pour le reste je bois à la santé des cocus du monde entier, alors je dois boire beaucoup car il n’y a que les cocus qui sont amoureux !

Parler avec Arno est un moment de bonheur, écouter ses albums et surtout courrez le voir sur scène vous serez soulevés par sa force et sa présence uniques, habité par la vie.

Visuel : C. Arno et C. Bérénice Clerc.


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