« Une nuit d’été » de Chris Adrian : du Shakespeare à San Francisco

8 février 2016 Par Marine Stisi | 0 commentaires

Chris Adrian, écrivain prometteur, lauréat de la fondation Guggenheim et cité par The New Yorker comme l’un des vingt meilleurs jeunes écrivains américains contemporains en 2010, a publié chez Albin Michel en janvier 2016 un roman intitulé Une Nuit d’été. Très librement inspiré de la pièce de William Shakespeare Le Songe d’une nuit d’été, ce livre est un condensé absurde, parfois drôle, parfois noir, où l’amour, le deuil et le rêve détiennent une place de choix.

Note de la rédaction :

Ifyou’regoingto San Francisco…

Molly, Will et Henry sont des jeunes Américains comme il en existe tant d’autres. Ils ont un passif compliqué, des histoires de familles tordues, fument de la weed pour oublier, et surtout, un réel problème avec l’amour, dont le monde merveilleux semble leur rester fermé. Ils ne se connaissent pas mais sans le savoir, de nombreux points communs les rapprochent.

Pour le moment, pas grand-chose à voir avec la fable shakespearienne Le Songe d’une nuit d’été – on s’approcherait plus des très fameuses Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin. Pourtant, c’était sans compter sur l’ingéniosité de Chris Adrian, auteur prometteur dont la précédente publication chez Albin Michel en 2012, Un ange meilleur, avait remporté un vif succès.

De la Grèce où se tenait initialement la comédie féerique shakespearienne, l’auteur américain a pris la libre décision de déplacer une intrigue revisitée à San Francisco, ville branchée sur la côté ouest des Etats-Unis, et principalement, au cœur du Buena Vista Park. Pas particulièrement emblématique, c’est pourtant dans ce parc de la ville que Titania et Obéron, les monarques illustres et exigeants de la pièce de Shakespeare, ont trouvé refuge. Ils y vivent une vie libérée, Titania se vengeant des infidélités de son mari avec de beaux américains mortels, dont elle vide la substance sexuelle.

L’histoire tourne mal quand, pour se faire pardonner d’une (énième) faute, Obéron offre un enfant – volé – à son épouse… Un enfant dont elle se détourne pour débuter, puis, qu’elle aimera d’un amour sans limite. L’enfant, atteint d’une maladie infantile, meurt, et laisse alors ses parents dans une crise existentielle. C’est cette mort qui donne une raison d’exister à l’histoire contée par Chris Adrian.

Dans un moment de détresse, alors que Titania se meurt de douleur de l’absence de son mari (enfui après la mort de leur fils), elle libère de ses chaînes Puck, l’elfe au service d’Obéron à la place aussi centrale chez Shakespeare qu’ici, susurrant doucement, presque de manière inaudible, le mot de passe : « Caniche ». Ainsi les deux mondes, dans un élan absurde et rapide, à la frontière d’un univers à la Lewis Carroll, viennent à se rencontrer, au cœur du Buena Vista Park. Le monde tourmenté des humains, celui de Will, Henry et Molly, rencontre le monde irréaliste de Titania et Obéron, peuplé de créatures farfelues aux langues bien pendues qui, plutôt que d’être totalement féeriques, auraient plutôt tendance à être humanisés, avec toutes les absurdités que cela implique.

De la difficulté d’adapter Shakespeare

Qu’il est compliqué de s’attaquer à William Shakespeare. Nombreux sont les écrivains, metteurs en scène, réalisateurs, à s’y être frottés. Le Songe d’une nuit d’été, notamment, a maintes fois inspirées artistes en tous genres. On pense par exemple à la comédie brillante de Woody Allen, réalisée en 1982, Comédie érotique d’une nuit d’été.

Chris Adrian et son ouvrage viendront, de cette manière, se placer du côté des adaptations réussies. Ce roman, malgré quelques longueurs, étonne par sa capacité à nous transporter, par les nombreuses images qu’il utilise, et par l’ingéniosité de son auteur. Il ne revisite pas réellement Shakespeare, il s’en inspire pour offrir un roman foncièrement nouveau. Les personnages sont attachants, atypiques, et véritablement charismatiques. Le ton est enjoué et sincère, et l’évasion, absolument garantie.

Chris Adrian, Une nuit d’été, Albin Michel, 450 pages, 25€.

Visuel : (c) DR


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