Tu verras, un Nicolas Fargues mature

18 avril 2011 Par
Yaël Hirsch
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L’auteur de « One man Show », « Rade terminus », « J’étais derrière toi » et « le roman de l’été« , a obtenu le prix France Culture-Télérama avec son dernier roman « Tu verras », toujours chez P.O.L. Un roman où Fargues reprend le fil rouge du narrateur anti-héros et néanmoins sympathique. Mais pour la première fois, ce personnage passe la barre des 40 ans et nous parle, dans la la langue d’aujourd’hui, de la mort de son fils unique.

Clément, 11 ans était à l’âge où on commence à regarder les filles et où l’on guette son poil au menton quand il est mort, écrasé par un métro parisien. Sous le choc, son père fonctionnaire, divorcé et à demi-raté revient sur ses relations d’amour et de discipline avec un Clément qu’il voyait s’éloigner vers l’adolescence, le R’n’B, et les copains un peu racaille. Il regrette amèrement de ne pas avoir fait plus attention, de ne pas l’avoir plus gâté et ne peut pas vraiment croire à la bêtise suffocante de cet accident. Un petit tour sur la page facebook de ce fils disparu ouvre de nouvelles perspectives et de nouvelles pistes d’explication de sa disparition.

« En fait, j’essaie d’avouer en tant que mec ce qu’un mec n’oserait jamais avouer sur lui-même », disait déjà le héros de One man Show (2002). Nicolas fargues continue encore et toujours de dépeindre des hommes de la moyenne et petite bourgeoisie en manque de repères, assez lâches, assez peu ambitieux et néanmoins suffisamment conscients de leur situation pour demeurer très sympathiques. Dans le cas du père de Clément, le roman commence avec la disparition du seul point de repère de cet homme engoncé dans une vie médiocre et qu’il supporte, faute d’autres horizons. L’amour inconditionnel que ce héros farguien porte à son fils est un élément nouveau, puissant, et terriblement touchant. Fargues dépeint avec son talent habituel le mélange de tendresse, de pudeur et d’entente, qui peuvent unir un excellent père et son fils pré-ado. Et la langue de l’auteur mature de roman en roman, Fargues sachant de mieux en mieux transmuer le langage du quotidien et ses références populaires en une tranquille poésie que renforce ici encore la révolte du père devant la mort de son fils. « Tu verras » est un très beau roman, où la cruauté et l’injustice de cette mort d’enfant sont toujours contrebalancées par la pureté et la force des sentiments du père.

 

Nicoals Fargues, Tu verras, P.O.L., 208 pages, 15,5 €, Sortie en février 2011.

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