Rentrée littéraire : La petite accompagnatrice

29 juillet 2008 Par Yaël | 1 commentaire

Après le succès de « Bord de mer », Véronique Olmi met en scène une vieille russe blanche dans les yeux de sa petite-fille de douze ans. Émouvant, nostalgique et drôle

Sonia a 12 ans. Dotée d’une mère éternellement fugueuse et d’un père largement indifférent, elle vit avec sa grand-mère, vieille russe blanche un peu folle, et racornie dans ses souvenirs de la patrie qu’elle a du quitter. Cette babouchka pas comme les autres vit dans la communautés d’exilées russes à Nice, et reçoit des vieilles dames d’un autre temps chez elle. Sonia est sensée se conduire en « jeune-fille de la maison », lui lire Guerre et paix le soir avant le coucher et finalement s’occupe comme une adulte de cette grand-mère fragile, inquiète et dont la vie s’est figée le soir du meurtre des Romanoff. Chaque jour, avec infiniment de patience,elle l’emmène marcher lentement sur la fameuse « Promenade des anglais ». A l’arrivée de l’adolescence, Sonia – qui ne parle pas Russe, et dont le nom de famille est burlesquement italien- tente de faire le point sur les éléments qui constituent don identité. Du monde morbide où elle évolue aux côtés de son aïeule, elle essaie de tirer la force d’entamer une vie à elle.

Comment ne pas aimer la vieille dame russe peinte avec tant d’amour et d’humour par véronique Olmi? La nostalgie de cette femme, la manière têtue dont elle réécrit l’histoire de Russie dans de grandes lettres critiques au directeur d’Historia et sa dignité de femme malade et néanmoins forte en font un personnage à la fois haut en couleur, compassé et attachant. La petite, elle, a la fraîcheur de l’adolescence, avec parfois ses caprices et ses chagrins. Mais aussi un admirable bon sens et un profond amour un peu écœuré pour cette vieille dame qu’elle comprend à demi-mots et qu’elle soutient, en accompagnatrice harmonieuse, dans ses vieux jours. Sonia arrive avec brio à faire la navette entre les références surannées de sa grand-mère et la culture populaire de la France des années 1970, qu’elle aimerait pleinement embrasser. Enfin, les voisins bigarrés des deux femmes apportes quelques notes de légèreté au vase clos de leurs solitudes. On y trouve la concierge et son vocable parfumé, son énorme fils, et surtout Monsieur Tara, un pied noir qui a lui aussi connu l’exil et accepte d’aider Sonia à sauver sa babouchka. « la promenade des russes » mélange subtilement la fraîcheur de l’enfance et la poussière des royaumes perdus.

Véronique Olmi, « La promenade des Russes », Grasset, 16,90 euros.

« Il y a énormément d’âges dans la vieillesse, ça peut aller très loin la vieillesse, on sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit » p. 21

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