Prisons de Ludovic Hermann Wanda aux Éditions de l’Antilope

30 août 2018 Par
David Rofé-Sarfati
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Ludovic Hermann Wanda  se définit lui-même comme un dandy éclairé, comme un ancien taulard,  philosophe historien homme de lettres, humaniste, talmudiste et libre penseur. Pour son premier roman pseudo-bilingue Prisons, il frappe fort. Est-il ou non un imposteur?  Peu nous en chaut, le lecteur en sortira tout aussi inspiré.

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L’histoire est avant tout celle d’une non-recidive. Dans une destinée de banlieue, le héros, un jeune Black deale parceque dans son univers c’est la seule chose offerte à celui qui est intelligent et dégourdi. Jusqu’au jour où il se fait prendre et se retrouve en prison. Alors son intelligence des rapports humains et des hommes le conduise vers une autre destinée. Entouré de gars des banlieues comme lui il voudra apprendre puis enseigner le français, sans wesh, sans blédards , sans ta mère. Son périple vers la langue de Molière aura un compagnon Richard, son co-détenu,  un feuj. La tâche ne sera pas aisée car le système dont l’administration pénitentiaire refuse les inflexions de trajectoires. Tout est construit par lacheté autour du non changement et de la récidive. Notre héros saura lutter, traverser la frontiere entre les deux Frances, identifier cette séparation qu’il nomme le mur de Molière, découvrir et épouser au passage la pensée juive. Il parviendra à trahir le destin que lui avait assigné et sa naissance et la République

Le roman est un conte pour enfant optimiste où le héros s’insoumet à son extraction; il est aussi un roman sur la prison. Il est surtout une oeuvre littéraire forte où les deux langues, celle de Molière et celle de Booba  (un lexique banlieue est ajouté en fin d’ouvrage) se côtoient et cohabitent dans une politesse, une frayeur et une distance mais aussi dans une forme de respect. Car le propos de l’auteur -qui donne à son roman une valeur universelle- veut poser une idée vertueuse et puissante, celle de la complémentarité des points de vue.

Ludovic Hermann Wanda en chemin au sein de son noviciat d’héritier de Molière ose une langue libre sans poncifs ni interdits. Tout est abordé frontalement et naturellement parfois avec une saine désinvolture: la fatalité des lignées, l’aveuglement de la République, l’antisémitisme musulman, la peur de l’autre, le mépris pour la République et sa langue. À chaque fois avec l’exaltation d’un combattant de la paix  et l’optimisme d’un amoureux de ses contemporains.

Son roman est celui d’un grand auteur. Il réconcilie dans un seul geste littéraire deux langues et deux France car Ludovic Hermann Wanda habite certainement les deux. Peut être réside-t-il ailleurs encore; et tandis que le lecteur s’interroge sur une possible imposture il traverse un magnifique et édifiant univers littéraire.

Un auteur qu’il faut lire vite dans l’attente de  son second roman.

Prisons
de Ludovic Hermann Wanda
aux Éditions de l’Antilope
277 pages