Maud Basan livre sans censure les sensations de la femme quittée

11 avril 2011 Par
Yaël Hirsch
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Paru la rentrée dernière, le premier roman de Maud Basan entre dans le for intérieur d’une femme que la moitié de sa vie vient de quitter. Entre réminiscences et tentations de sortir de la « cave » où l’absence de l’aimé l’a laissée, ce petit livre mêle détresse et ironique, chaos et structure parfaitement maîtrisée. Une superbe langue complétement déroutante.

Après une vie en commun, il part pour une autre. Elle, la bien nommée Perluète se retrouve le souffle coupée, handicapée, incapable de penser une vie pour elle toute seule. Mais de coup de sans en souvenir douloureux, d’inventaire de ce qui a disparu en inventaire de ce que son compagnon lui a donné puis peu à peu retiré, Perluète laisse la douleur s’étendre dans les mots et le temps, et lâche tout le verbe jusqu’au jour où elle est timidement prête à tenter de regarder au dehors de sa caverne de deuil. Un roman initiatique où les mots cognent contre le vide. Des phrases qui feront écho avec la désorientation de tous ceux et celles qui se font quitter et sentent le sol se dérober sous leurs pieds.

Maud Basan, « La Seule », Denoël, 218 p., 17 euros.

« Si elle l’appelait, là, maintenant, tout de suite, oui, si elle l’appelait, lui dirait de venir, de venir surtout, si elle prenait une voix couleur fuchsia, si elle lui parlait, si elle le voyait lui parlait, inventait des mots souples élastiques, une longue phrase en volutes, avec pauses pour respirer, pour mieux remonter vers les hauteurs, toujours plus haut, sphères éthérées, grands planés, air vif courant ascendants, vue superbe à l’infini, calme envoûtant, juste le léger sifflement du vent, » p. 94