Marcela Iacub confesse ses aventures avec les steacks

8 avril 2011 Par
Yaël Hirsch
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« Je sais que la seule chose digne d’intérêt qui me soit arrivée, c’est le fait d’avoir mangé de la viande. » Quelques mois après le plaidoyer végétarien de l’auteur américain Jonathan Safran Foer chez L’Olivier, c’est au tour de la géniale spécialiste de bioéthique Marcela Iacub de se heurter à la nature carnivore de l’homme… et de la femme. Un essai à la fois grave et léger, qui porte la question de la saucisse et du jambon bien au-delà de la culpabilité.

Originale, vive et brillante, juriste et philosophe, Marcela Iacub a le talent de poser les questions qui fâchent avec rigueur… et avec le sourire. Cette-fois ci encore, la réflexion part d’une question simple mais gênante : Pourquoi condamne-t-on un homme qui a des relations sexuelle avec son poney à un an de prison avec sursis (alors même qu’on ne sait pas si le poney en a souffert ou pas) tandis qu’on trouve tout a fait normal qu’un homme tue un poney (ou un cheval) pour jouir de la viande de ce dernier? Revenant sur son amour (de bouche uniquement) pour les animaux dépecés et cuisinés, Marcela Iacub développe une réflexion de moraliste sur l’importance philosophique que ces autres créatures ont pour les êtres humains. Elle montre alors que manger de la viande, c’est participer à l’abattage des animaux. C’est donc s’inscrire dans une réalité philosophique de domination. La juriste avance son raisonnement avec légèreté, sans même infliger à son lecteur  les pages  attendues sur les terribles conditions d’élevage des animaux que l’on mange, ni même tenter de lui donner mauvaise conscience. Comme dans toute bonne morale, le raisonnement cesse à un moment donné, et c’est l’empathie pour la souffrance des bêtes râlant au seuil de leur mort et surtout les mots poétiques de Plutarque qui finissent de convertir la mangeuse de viande invétérée au régime végétarien. Intelligentes, drôles et instructives, ces « Confessions d’une mangeuse de viande » posent une question universelle et obligent tout à chacun à réfléchir avec humour un  peu plus loin que le bord de son assiette.

Marcela Iacub, Confessions d’une mangeuse de viande, Fayard, 148 p., 14 euros. Sortie le 30 mars 2011.

 

 » Lorsque nous voyons la viande dans notre assiette, nous ne voyons pas la séquence des images qui la rendit possible. » p. 132

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