#MadeleineProject : du tweet au livre, il n’y a qu’un pas que Clara Beaudoux franchit avec grâce

18 juillet 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

 Faire un livre avec des tweets? Quelle drôle d’idée ! C’est pourtant le pari osé des éditions du sous-sol. Récit d’une belle aventure qui, comme un signe du destin, a débuté dans une cave !

Note de la rédaction :

Joyeuse bande de trublions, les éditions du sous-sol n’ont de cesse d’agiter le monde poussiéreux des belles lettres françaises. Refusant de circonscrire le domaine de la littérature aux seuls grands romans ou autres chefs d’œuvres, cette toute jeune maison a choisi d’agrandir les rayons de nos bibliothèques en accordant une place de choix aux oubliés littéraires. Mais l’extension du champ des possibles ne pouvait vraisemblablement se limiter à la seule narrative non-fiction. Aussi, les éditions du sous-sol se sont-elles mises en quête de nouveaux territoires d’exploration, et ont trouvé sur Internet de quoi assouvir leur insatiable désir de conquête de nouvelles formes documentaires.

Le Madeleine Project est né d’une situation des plus banales. Comme de nombreux parisiens, Clara Beaudoux, jeune journaliste non-propriétaire, a du déménager. mais contrairement à la plupart des parisiens, son nouveau logement lui a fait la surprise de renfermer une véritable caverne d’Ail Baba, l’entreprise chargée de vider l’appartement à la mort de la précédente locataire ayant oublié d’aller jeter un coup d’œil du côté du sous-sol. Deux ans après avoir emménagé, Clara Beaudoux a décidé que le moment était venu de mettre un peu d’ordre dans les affaires de la vieille dame. La voilà donc partie en direction de la cave, sans plan véritablement préétabli. C’est dans l’improvisation la plus totale que commence ce qui s’avèrera une véritable enquête sur les traces de Madeleine. Pendant une semaine, la saison 1 du #MadeleineProject, Clara Beaudoux fait part sur twitter de ses découvertes. Là une paire de chaussure, là un pendentif avec une dent de lait, ici des gommettes ou une multitude de lettres. Au milieu de la petite histoire, c’est la grande qui sous les yeux des internautes et autres followers s’écrit, les amoureux de Madeleine côtoyant ces grands hommes qui ont fait la France. Dans la saison 2, Clara Beaudoux est partie à la rencontre des personnes ayant connu et fréquenté de son vivant Madeleine. Mais, en créant ainsi sur la toile un espace d’apparence pour Madeleine, c’est aussi sa propre identité que Beaudoux a pu révéler, la journaliste s’autorisant pour la première fois à dire « je ».

Anodin sur la forme, le Madeleine Project n’en soulève pas moins des questions importante. Que peut-on dévoiler d’une vie qui ne nous appartient pas? Jusqu’où aller dans la révélation ? Où établir la frontière entre les choses qui relèvent de l’intime et celles qui méritent d’être portée à l’attention d’un public. Aussi anciennes que la littérature, ces questions acquièrent cependant,  dans une époque encline à la virtualité, une nouvelle dimension. Dans un monde où domine le matérialisme, l’attention accordée à la matérialité des choses décline paradoxalement : les livres ne disposent plus de la même aura, les reliques d’un temps révolu mais pas moins important passent difficilement l’épreuve de la dématérialisation. Aussi, la question d’une responsabilité à l’égard d’une mémoire tant individuelle que collective semble-t-elle d’autant plus grande, d’autant plus urgente. D’où l’importance de projets tel le Madeleine Project. A la manière des feuilletonistes qui l’ont précédée, Clara Beaudoux pose un regard délicat et bienveillant sur son « personnage » et parvient par le récit à entretenir le lien entre les époques et les générations, entre elle, Madeleine et les tweetos.

Le Madeleine Project dévoile ainsi qu’il est possible, dans un espace virtuel, de créer encore du commun et de la communauté. On peut donc s’enterroger, in fine, sur l’intérêt de la réification livresque. Avec le livre entre les mains, on perd en effet l’augmentation de la réalité offerte pas le web : on ne peut pas cliquer, ni constater que l’on n’est pas seuls à se sentir concernés par l’affaire Madeleine. On peut le déplorer tout comme se réjouir des nouveaux espaces d’imagination ouverts par le livre, un objet qui rejoint la longue liste de ceux conservés précieusement dans la cave de Clara Beaudoux. Le livre sonne moins le glas de l’enquête qu’il n’en présage les nouveaux rebondissements, une nouvelle saison au cours de laquelle Clara Beaudoux se rendra à Bourges dont est originaire Madeleine. Affaire à suivre donc.

Clara Beaudoux, Madeleine Project. Un reportage, éditions du sous-sol, mai 2016, 288 pages, 18 euros.

Visuel : Ceci est une adaptation du hashtag Madeleine Project publié sur le compte Twitter de Clara Beaudoux © Editions du Seuil, sous la marque des éditions du sous-sol, Paris, 2016. Reproductions des Tweets : © Twitter.

 


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