Livre : Les tribulations d’une caissière, d’Anna Sam

30 juin 2008 Par marie | 0 commentaires

Anna Sam a commencé à travailler come hôtesse de caisse pour payer ses études. Son DEA de lettres modernes en poche, toujours sans boulot, elle continue à faire biiiper les produits derrière sa caisse. Pour pouvoir tenir le coup, elle commence à raconter diverses anecdotes de caisses sur son blog. Du blog est né un livre, « Les tribulations d’une caissière », paru chez Stock.

 

L’entretien d’embauche, les ouvertures et les fermetures, les pauses de 18 minutes après 6 heures de service, le tapis roulant et les clients, chapitre après chapitre, forte de huit ans de métier, Anna Sam décortique la vie d’une caissière… De sa plume humoristique, elle use du « vous » de politesse : sous ses airs légers, – le livre est lu en une heure, on parle de caissière tout de même…-, l’entreprise est osée : glisser le lecteur –et donc le client- dans la blouse de la caissière, lui faire connaître toutes les difficultés inhérentes à la profession…

Les horaires d’une caissière changent d’une semaine sur l’autre, elle n’a que, montre en main, douze minutes pour déjeuner, elle doit passer par  le téléphone pour prendre la moindre pause (« Cela vous parait infantilisant et frustrant (surtout pour demander d’aller aux toilettes) ? C’est une habitude à prendre »). Dans certains magasins, les responsables ont eu la bonne idée de définir des codes secrets pour éviter de faire rougir leurs caissières au téléphone et d’embêter les clients avec des histoires de vessies… Si vous entendez « Je peux avoir un 157 » ou « J’ai un code violet », vous saurez que votre caissière va vous quitter l’espace d’un instant. Autre secret de la profession livrée par l’auteure : l’utilisation du tapis de caisse pour punir les clients… Cet « ami » peut effectuer de « légers soubresauts » pour exploser la boite d’œufs du « client pressé » ou « avaler la carte bleu » de celui au téléphone.

Car plus que les repas froids, les chefs « éternels insatisfaits » ou les délicats recomptages de caisse, l’ennemi numéro un de la caissière est le client… Ce « roi » jamais content, qui se fout des caisses « moins de 10 articles » ou des personnes âgées prioritaires, qui téléphone sans un mot ni un regard à l’employée… Pour le client, la dame qui passe ses articles est transparente. Que ne sert de lui porter attention puisque de toute façon, elle est débile ?  Quand ce n’est pas elle qui est responsable de tout : de la nécessité de présenter sa carte d’identité aux prix des produits. Mais le pire de tout pour une caissière est le mépris de la clientèle : « Tu vois, si tu ne travailles pas bien  à l’école, tu finiras caissière comme la dame. »  Sauf que parfois, les caissières ont des DEA de Lettres modernes, et qu’outre compter la monnaie à rendre, elles peuvent même écrire des livres…. !!!

Sur Médiapart, à la suite d’un entretien avec Anna Sam (librement consultable), certains lecteurs s’indignent que l’ex-caissière ne se soit attaqué qu’aux clients et non au système de la grande distribution. Les commentateurs lui reprochent d’avoir choisi l’humour plutôt que la révolte, et les clients comme pauvres boucs émissaires plutôt que les méchants patrons. Le livre a été tiré d’un blog, aussi on peut l’imaginer que les textes ont été écrits spontanément après le boulot, comme pour catharsiser les mauvaises journées, … et ces mauvaises journées se nomment d’abord « clients » (ou relations humaines)… Le livre ne s’attaque pas au « système » mais peut-être qu’après l’avoir refermé, lâcherons-nous notre téléphone en passant à la caisse… Et apparemment, ce serait déjà une révolution pour les hôtesses de caisse :

« Client (qui a jeté un vague coup d’œil vers la caissière mais qui continue tranquillement de ramasser ses courses) …

mais c’est toi qui m’écoutes jamais. Faut te laver les mains, chaque fois que tu sors.

Caissière (serrant très fort les poings et vraiment bien fort)

La carte de fidélité monsieur ?

Client (sans un regard, insérant sa carte bleue dans le lecteur)

 … J’ai compris, je suis pas sourd. Qu’est ce que t’es chiante quand t’es malade. Le client arrache son ticket des mains de la caissière comme si c’était un distributeur.

Client (s’éloignant avec ses courses, toujours accroché à son portable et toujours bien fort) … Heureusement que tout le monde n’est pas comme toi.

Caissière (bien fort… intérieurement)

Heureusement, gros con ! » (p 36-37)

Et ce n’est qu’un bout de la scène… L’ouvrage d’Anna Sam aurait pu être intitulé « Les plus belles perles de la clientèle de supermarché »….

Les tribulations d’une caissière, Anna Sam, ed. Stock, juin 2008, 191 p, 15,50 euros.

 

 


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