« L’été arctique » de Damon Galgut : le feu sous la glace

28 janvier 2016 Par Géraldine Bretault | 0 commentaires

Le dernier roman du Sud-Africain Damon Galgut se présente comme la biographie romancée de l’auteur britannique Edward Morgan Forster. S’appuyant sur les écrits de ce dernier, notamment Route des Indes (1924), ainsi que sa correspondance, Galgut nous plonge dans les affres de la création littéraire, au plus près des tourments intimes de son sujet.

Note de la rédaction :

Est-ce parce que lui-même a découvert le pouvoir rédempteur de la littérature dès son plus jeune âge, atteint d’un cancer à 6 ans, qui lui fera tôt associer la littérature à l’amour et à l’attention ? En narrant le cheminement intérieur de son sujet, l’austère écrivain britannique Edward Morgan Forster, Galgut parvient à sonder les profondes ramifications qui unissent la chair et l’âme de l’écrivain.

Sous toutes les latitudes, celles de l’Angleterre post-victorienne corsetée du début du XXe siècle, comme dans l’Égypte en ébullition et sous les derniers feux du Raj britannique, Forster se débat pour trouver sa place dans le monde. La domination politique de l’Empire britannique sur ses colonies n’a d’égale que celle des convenances sociales sur le corps d’un jeune homme découvrant avec effroi son irrémédiable homosexualité.

À une époque où les homosexuels déclarés sont qualifiés d’ »invertis », et où la honte n’est jamais absente des étreintes, les fantasmes inassouvis de Forster n’aboutissent qu’à des relations ambivalentes, où l’insatisfaction des sens conditionne toute émancipation intellectuelle et spirituelle. Avec une maîtrise consommée de son écriture, servie par une traduction aussi efficace que discrète, Galgut nourrit patiemment le souffle de son récit, où une vie de frustrations mises à bout à bout finissent par composer une Œuvre, dont Route des Indes et Maurice resteront le sommet, et une vie d’homme. Imparfaite, mais complète.

Entravé dans sa chair, Forster découvre peu à peu que ses élans sexuels les plus audacieux sont condamnés à s’épuiser dans des déceptions sentimentales plus cruelles encore, faute de pouvoir connaître l’amour au grand jour, avec un homme dont il serait aimé en retour. Les chapitres s’articulent autour des figures masculines qui ont dominé la vie de Forster, parmi lesquelles se détachent les personnages ô combien nuancés et complexes de Masood, jeune Indien éduqué, partisan de la prochaine indépendance de son pays, et de Mohammed, petit receveur de tramway égyptien que Forster prend sous son aile.

Acclamé dès sa sortie par les critiques anglais, le roman a été couronné par le Sunday Times Fiction Prize.

« Le même sentiment de mystère – une infime zone trouble à la lisière de la perception – accompagnait tous ses échanges. Rares étaient les conversations ou les coutumes qui ne le laissaient pas perplexe. Et ce n’était pas faute d’explications : Masood avait toujours essayé d’en apporter, tout comme Bapu Sahib, et il existait des tomes entiers consacrés à l’Inde. Mais l’explication la plus claire générait encore plus de questions ; une opacité demeurait, imperméable au langage. » p. 283

Damon Galgut, L’été arctique, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Hélène Papot, Éditions de l’Olivier, paru le 14 janvier 2016, 384 p., 22,50€

Visuel : © couverture du livre.


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