Les voix de la foi, les textes clés du catholicisme

18 mai 2016 Par Franck Jacquet | 0 commentaires

Alors que les affaires de pédophilie ne cessent d’empoisonner la vie de l’Eglise (et son image dans une opinion de plus en plus détachée du religieux) dénoncée comme un Etat dans l’Etat, l’anthologie parue à la fin de l’année passée chez Perrin (une réédition de poche dans la collection « Tempus ») permet de prendre un peu de recul et de respirer. Le christianisme, le catholicisme particulièrement, porte en soi une civilisation certes (c’est toute une partie consciente ou non du débat européen d’aujourd’hui), mais il est surtout porteur d’un message transcendant unique que François Huguenin, historien spécialiste de la droite et catholique revendiqué, cherche à restituer ici par les textes. Cette anthologie est aussi brillante qu’honnête, l’auteur ne cachant jamais les biais pris par ses choix de textes, de découpages comme de traductions. A saluer à l’heure des non-dits et de l’évitement généralisé du débat sur le fait religieux et ses formes !

Note de la rédaction :

Une somme catholique

Les voix de la foi constitue une somme volumineuse et incroyablement exhaustive tant elle permet de balayer l’histoire du christianisme puis du catholicisme depuis les premiers Evangiles jusqu’à nos jours. L’historien conserve ses réflexes : un choix rigoureux de textes aux sources bien précisées, un souci de l’illustration et de l’approfondissement par des titres proposés pour aller plus loin et reprendre les textes dans leur contenu, un découpage classique en quatre périodes (antiquité, temps médiévaux puis modernes et époque contemporaine), le tout avec équilibre (les textes des XIXe et XXe siècles forment une part appréciable de l’ouvrage, une originalité qui permet de montrer la continuité et les évolutions concernant le rameau catholique du christianisme de nos jours). On salue donc le fait que l’auteur prenne en compte la période contemporaine au même titre que les temps des Pères de l’Eglise et du paléo christianisme. Chaque texte est rigoureusement introduit et restitué dans sa source et son contexte qu’en soit retirée sa dimension évangélique et transcendante. L’auteur y tenait ; c’est un pari réussi. Que peut-on retenir pour critère d’unité sur deux mil ans ? François Huguenin est très clair : le catholicisme est une religion d’intelligence dans laquelle il a toujours été recherché une voie entre raison et foi ; c’est un message d’universalisme jamais démenti (reste à savoir s’il est œcuménique…) ; c’est enfin une religion de l’intimité recherchée avec Dieu y compris durant l’existence terrestre.

In fine, cette somme de 200 extraits est d’une incroyable qualité et personne ne manque depuis les Evangiles synoptiques jusqu’aux encycliques des trois derniers papes dont l’importance est majeure tant dans une dimension géopolitique vis-à-vis des pays africains particulièrement que dans une dimension théologique dans une Eglise confrontée aux concurrences évangélistes, au dialogue interreligieux comme aux radicalismes musulman ou chrétien notamment. Saint Augustin est certes le plus représenté, mais Tertullien n’est pas négligé, lui qui fut si important pour l’Occident et l’Afrique. Les textes issus des mondes monastiques permettent de rappeler cette dimension importante du christianisme qui peut paraître moins évidente aujourd’hui, de même que ses aspirations mystiques qui semblent confisquées désormais, si on connaît mal le paysage du catholicisme contemporain, par les sectes ou reléguées en quelques pôles isolés.

Du bon choix ?

Pour autant, une anthologie procède nécessairement de choix et en cela l’auteur est extrêmement honnête. Il est catholique, il le formule dès l’introduction. Mais dans les présentations de chaque partie il justifie ses choix. C’est on ne peut plus appréciable et peut-être peu fréquent dans ce genre d’exercice. En effet, bien souvent, il ne s’agit que de se cacher derrière le motif d’une « cueillette » parmi une pléthore qui ne peut être retranscrite. Il n’en est donc rien. L’auteur sélectionne des textes qui, sans nul doute, reflètent l’essentiel de l’histoire du catholicisme et de plus il en éclaircit le sens qu’il en retient, même s’il a tendance, en excluant certaines lectures, à distribuer un peu trop abruptement les bons et les mauvais points. Ainsi, pour ce qui est de ses choix concernant le christianisme primitif, il disqualifie très clairement une part de l’historiographie et de l’ecclésiologie récente et pilonne ce qu’il qualifie comme des « élucubrations pseudo-scientifiques » de Prieur et Mordillat lorsque ils réfléchissent sur le fait que Paul aurait finalement créé l’Eglise « au-delà » du message de Jésus ou à propos de leurs réflexions sur les martyres. De même, le médiatique Frédéric Lenoir est vivement critiqué… Pour chaque présentation historique, François Huguenin assume donc ses choix. On ne peut que le saluer. On regrettera cependant une petite difficulté quant aux quelques lignes consacrées au Syllabus de 1864 et à sa confrontation à Vatican II. Par des arguments que les casuistes ne renieraient sans doute pas, la condamnation de la modernité et de Lamennais particulièrement devient un texte précurseur de la réflexion de l’Eglise sur celle-ci… De même, Vatican II ne peut être critiqué en soi mais pour les interprétations qu’on en fit par la suite, comme s’il était aisé de dégager l’intention de la mise en acte. Pour le catholicisme religion du Verbe (« Lux fiat, Lux fuit »), cela peut difficilement convaincre. Mais comment regretter une exposition de sa propre foi dans une telle clarté ? Le bon choix est toujours celui qui est bien expliqué.

Visuel : couverture.

Informations livre : François HUGUENIN, Les voix de la foi, Paris, Perrin (« Tempus »), novembre 2015 : 1088p. -  ISBN : 9782262064037


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