Les madones d’Echo Park, ou les dessous chicanos de la Cité des Anges

16 mars 2011 Par
Yaël Hirsch
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Editeur à New York, Brando Skyhorse a fait sensation dans le monde littéraire américain en revenant par l’écriture à son quartier natal, Echo Park, à Los Angeles. Paru à l’été 2010 aux Etats-Unis, « Les madones d’Echo Park », qui  entremêle les portraits de trois générations d’immigrés Mexicains dans la Cité des Anges, sort le 17 mars dans une traduction d’Adèle Carasso aux Editions de l’Olivier.

Après Michael Connelly, c’est au tour de Brando Skyhorse de se pencher sur un des quartiers mexicains de Los Angeles, avec moins de suspense et d’une manière plus sociale. A la manière d’un film d’Inarritu, le roman pulvérise la chronologie pour entremêler les monologues de trois générations d’immigrés à LA. Il y a la femme de ménage qui sympathise avec sa silencieuse maîtresse, le jeune ouvrier marié trop tôt, et qui finit par tromper sa femme avec la superbe vendeuse de la superette, le chauffeur de bus, qui se rengorge de bien maîtriser la langue américaine et de suivre à la lettre les codes des transports en public. Il y a aussi le caïd qui ne trouve plus ses repères quand il revient de prison.  Puis il y a les générations suivantes qui remplacent l’Église par des icônes comme Gwen Stefani et assistent à la gentrification de leur quartier, pris d’assaut par les blancs. Les repères se brouillent et les frontières biens définies entre quartiers blancs, chicanos, asiatiques, et noirs commencent à se dissoudre. Au point que parfois certains enfants d’immigrés mexicains ne parlent presque plus la langue de leur mère et désirent épouser au-dehors de la communauté.Un seul point fixe demeure : les belles hispaniques, alias « Les madones d’Echo park », dont la vue le matin  donne du cœur à l’ouvrage aux ouvriers.

Tableau très vivant d’individus de condition modeste à cheval entre deux cultures, tentant d’apprendre l’Anglais et de s’adapter. Loin du Los Angeles brillant des studios de Cinéma, et très loin également  d’un misérabilisme hors de propos, Brando Skyhorse dresse une galerie de portraits d’hommes et de femmes qui tiennent à leur communauté et évoluent dans les limites linguistiques et géographiques de leur quartier. Un quartier qui n’est pas à l’abri du crime et de la violence, mais où l’entraide, y compris entre divers groupes ethniques, existe également.

Brando Skyhorse, « Les madone d’Echo Park », traduction Adèle Carasso, L’Olivier, 297 p., 22 euros. Sortie le 17 mars 2011.

« Quand on est jeune, on croit tous connaître une façon de tromper la mort. Après, en vieillissant, on bascule vers le terminus sur un tape-cul qui ne remonte jamais. Et quand la fin arrive, on est surpris, le souffle coupé par le choc, perçant enfin le mystère sans savoir comment le partager avec quiconque. » p. 146