Les étrangers : Sándor Márai décrit le Paris de l’Entre-deux-Guerres à travers les yeux d’un jeune immigré hongrois

4 octobre 2012 Par
Yaël Hirsch
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Albin Michel sort un peu plus tôt cette année sa perle du grand auteur hongrois Sándor Márai,qui avait été un peu oublié après son exil de Hongrie en 1948 et connaît un regain d’intérêt croissant depuis les années 1990 . A côté de ses pièces de théâtres, désormais souvent jouées en France comme « Les Braises » (parution française 1995) ou « La conversation de Bolzano« , son œuvre romanesque est un filon de beautés auquel Albin Michel nous donne accès, dans les traductions de Catherine Fay. Après « L’étrangère » et La sœur, « Les étrangers » est une plongée dans le Paris de l’Entre-deux-guerres, ville d’immigration, certes, mais que les souvenirs de Márai transmués en fiction dépeignent bien moins accueillante que le veut le mythe de « La fête » vanté par Hemingway à peu près à l’époque où se passe l’action de ce roman. En librairies depuis le 4 octobre 2012.

Le narrateur de ce roman est un jeune hongrois de 26 ans, de bonne famille et doté d’un doctorat, qui décide sur un coup de tête de prendre ses économies pour passer quelques mois à Berlin, puis déménager sans le dire à ses parents à Paris. Il emménage à l’hôtel avec un petit budget qu’il dilapide doucement, découvrant la vie de bohème, des mœurs assez libres, une variété infinie d’apéritifs, mais également des conventions vestimentaires très strictes (notamment en matière de chaussettes), une valeur relative de l’argent et une grande méfiance des français à l’égard des étrangers. Si bien que ses meilleurs amis sont des artistes russes et hongrois hantant le café « Le Dôme » et qu’il est forcé, après 4 mois d’oisiveté, d’accepter les travaux les plus durs et les plus mal payés…

Éducation sentimentale, saisie de l’air du temps, en même temps que critique frontale de la xénophobie à la française, « Les étrangers » dépeint avec un réalisme parfois franchement déprimant le quotidien solitaire d’un jeune immigré hongrois plus souvent maltraité qu’à son tour pour ses origines étrangères. Sándor Márai déroule cette fresque avec toute la finesse psychologique dont il est capable et au cœur des longues descriptions de ces souvenirs parisiens à peine masqués, de temps en temps, l’état des lieux psychologiques du personnage principal surgit avec une violence des sentiments et une beauté de métaphores pour les exprimer tout à fait éblouissants. Une richesse historique et littérature à recommander aux amateurs de roman Mittel-européen.

« Les étrangers » de Sándor Márai, trad. Catherine Fay, Albin Michel, 464 p., 22 euros. Sortie le 2 octobre 2012.

« C’est possible que ce ne soient que des mots, on ne peut peut-être pas ‘commencer sa vie’, on peut tout au plus la continuer- mais moi, à présent, je me sens assez léger.« , p. 90.

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