« Les éditocrates » : le pan-pan-cul-cul rieur aux bavards médiatiques

25 décembre 2009 Par
Mikaël Faujour
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Présents du matin au soir à la télévision, à la radio, dans les journaux, les revues, les éditorialistes portent une écrasante responsabilité dans le pourrissement du débat intellectuel français et la relégation dans l’ombre des vrais intellectuels. Un livre jouissif a paru en novembre, qui démontre l’imposture de cette nocive nuée réactionnaire, obscène et plus avide des ors, de la gloriole et des ripailles dans les grands restaurants que d’éclairer les citoyens. Chaudement recommandable.

Omniprésents, les bavards médiatiques que Bourdieu nomma les « fast-thinkers » en raison de leur capacité à penser (mal) et parler (avec morgue) sur tout dans des délais records sont à peu près inattaquables. Nantis dispensateurs de leçons de morale à la France qui gagne peu (les grévistes sont des fainéants, les Français refusent la réforme et sont d’infâmes conservateurs gangrénés par les archaïsmes gauchistes, les Français sont des xénophobes refusant l’Europe, etc.) et défenseurs d’une démocratie qu’ils rêveraient sans peuple, les éditorialistes sont partout, répandant leurs métastases sur l’univers de la pensée et leur indignation sélective, toujours pour conserver l’ordre – social et économique – dominant et reléguer l’horrible peuple au rang de péril. C’est qu’il est toujours plus propre de flotter dans les sphères de l’esprit pur que d’avoir les mains sales de réalité et déprises de fantasme.

Ils ont nom Jacques Attali, Bernard-Henri Lévy, Philippe Val, Alain Duhamel, Christophe Barbier, Alexandre Adler, Jacques Marseille, Ivan Rioufol, Laurent Joffrin, Nicolas Baverez (ils sont bien plus nombreux, mais le choix s’est limité à ces dix spécimens). Ils sont autant d’exemples de la bêtise savante, le prouvant à chaque intervention, qu’ils parlent d’économie, d’histoire, de football, de société – ils réussissent toujours à viser à côté de la plaque. Sur l’empire de leur pensée unique et omnisciente – qui rappelle la figure du savant crétin Pangloss, maître de Candide – le soleil ne se couche jamais. Ils toisent la médiocrité de la « masse » sans esprit (vieux fond démophobique des gens « d’esprit ») mais ne se rendent pas comptent qu’ils forment eux-mêmes non un agrégat d’individus pensants mais d’incestueux perroquets répétant les mêmes lieux communs et convictions de pilier de PMU sous des atours littéraires.

Depuis bien longtemps, ils sont la proie des critiques. C’est surtout le cas de l’impayable BHL, qui n’en finira jamais de brandir la moquerie plus que légitime dont il fait l’objet depuis 30 ans comme un signe de son génie maudit, de son statut de Don Quichotte des temps actuels, pauvre petit ! (La posture est d’ailleurs très partagée, qui consiste à se prendre pour Jean Moulin… tout en ne prenant jamais aucun risque bien réel. Ou l’art de vivre en se fantasmant soi-même.)

Mais les médias n’ont que faire des critiques aussi précises qu’acerbes du monde universitaire ou de critiques des médias et autres penseurs qui ont du rôle d’intellectuel une conception plus humble et plus actuelle. (Quel sens cela a-t-il encore au XXIe siècle de prétendre à un rôle d’intellectuel omniscient, alors que les savoirs sont hyper-spécialisés et très approfondis ?)

Aussi, même si la très nécessaire – et trop marginale – critique de ces parasites de l’esprit est déjà connue (Acrimed et Le Plan B en tête), il est heureux qu’aient été rassemblés par La Découverte diverses analyses acérées. Quel bonheur de voir fessée cette bruyante nuée de conservateurs médiocres ! Surtout dans un style alerte, vivant et drôle – oui oui ! – qui tranche avec le sérieux et la froidure des omnipenseurs, pour qui le rire paraît presque le propre du singe. (Sans verser dans le délit de faciès, le visage d’Adler, de Finkielkraut – pas mentionné dans le bouquin – ou de Val ne les laisse guère supposer très rieurs, mais plutôt pères sévères…)

Cosigné par l’excellente Mona Chollet (ex-Charlie Hebdo, Périphéries – www.peripheries.net, Monde Diplo), Mathias Raymond (Acrimed), Sébastien Fontenelle (Politis) et Olivier Cyran (ex-Charlie Hebdo, CQFD, Acrimed, Le Plan B), ce livre est donc un bel ouvrage de critique de la sphère intellectuelle dans la droite lignée de Karl Kraus franchement jouissif.

Hygiénique pour l’esprit et flatteur pour les zygomatiques : on en redemande !


« Les éditocrates »
, La Découverte, 12,50€.


Quelques extraits sur LMSI.net :

la présentation du livre par Sébastien Fontenelle, l’un des co-auteurs ;
« « Un Gala pour les riches », quelques aventures de Laurent Joffrin », par Sébastien Fontenelle ;
« Démocratie, culture… et dépendances – Philippe Val : itinéraire d’un éditocrate (1e partie) », par Mona Chollet ;
« « Certes, mais » : la Poétique de Philippe Val – Itinéraire d’un éditocrate (2e partie) », par Mona Chollet ;
« Phil & Robbie, Sister Fourest et le spectre de l’islamisation, Parcours éditocratiques (3e partie) », par Mona Chollet ;
« Caroline Fourest, Philippe Val et leurs « adversaires respectables », Parcours éditocratiques (4e partie) », par Mona Chollet.