Le Tigre Blanc, d’Aravind Adiga : la critique

17 octobre 2008 Par marie | 1 commentaire

A travers l’histoire de Munna (dit aussi Balram, ou « Le Tigre Blanc »)  Aravind Adiga raconte l’histoire des deux Indes : celle de la Lumière et celle des Ténèbres, celle des rickshaw et celle des propriétaires de Honda, de l’alcool hindi et des spiritueux britanniques…

Le Tigre Blanc, l’animal le plus rare de la jungle, ne se présente « qu’une fois par génération ». Balram Halwai est l’un de ceux là. Aujourd’hui entrepreneur de la riche province de Bangalore (Sud de l’Inde), il était hier encore « Munna », le «garçon », celui à qui les parents n’avaient jamais donné de nom.

Parce que son père était rickshaw, Munna a du arrêter l’école pour travailler dans un tea-shop. Comprenant qu’il ne voulait  pas devenir une « araignée humaine » rampant « entre et dessous les tables, un chiffon à la main, humains fripés, léthargiques, pas rasés », -chose qui arriverait sûrement s’il se comportait avec honnêteté ( « comme Gandhi l’aurai fait, sans nul doute » [p 61] )-, le garçon demanda à sa grand-mère l’autorisation de prendre des cours de conduite. Cette dernière, qui prenait soin de la lignée d’une main de fer, arrangeait les mariages et redistribuait les salaires, le lui accorda. Munna devint donc conducteur.

Au service de M. Ashok, il découvrit les centres commerciaux et les « femmes peinturlurées » de Dehli, l’anglais et le whisky, les caprices des maîtres et les plaisirs des soumis… Comme tout bon chauffeur, il devint un intime de son employeur : il bandait en conduisant lorsque son maître était excité, mettait de la musique romantique lorsque ce dernier s’engueulait avec sa femme, et, à la fin de ses longues journées, lui massait les pieds. La Honda devint l’« œuf », le seul endroit dans lequel le jeune employé se sentait bien. Et pourtant… Balram n’arrivait pas à se satisfaire de sa vie de chauffeur, de la revente de carburant au noir et des cuisses de dames aperçues dans le rétroviseur… car, tout simplement, il n’était pas fait pour être serviteur…. Sans compter l’éclat de ce rouge qui le narguait, ce gros sac que M. Ashok trimbalait sans cesse, d’hôtels en villas, de politiciens en ministres…

 Son ascension des « Ténèbres » à la « Lumière », Balram la raconte dans une lettre au Premier ministre chinois, Wen Jiabao. Ce dernier doit justement se rendre en visite officielle dans le Bangalore, le paradis high-tech indien, pour y rencontrer des « entrepreneurs ». Or, qui donc est mieux placé que Balram pour faire savoir au ministre la réalité de l’entreprenariat indien ; pour lui raconter l’Inde telle qu’elle est, démocratique et double, peuplée de riches bien gras et de mendiants culs-de-jatte ; pour évoquer un pays millénaire dans lequel les castes n’ont été abolies qu’en théorie ? 

Afin de souligner assez subtilement toutes ces contradictions, il fallait l’humour d’un garçon rusé, Munna, et la plume d’un grand écrivain, Adiga… A lire.  

« « Tu as touché ton œil avec ton doigt, n’est-ce pas ?

 - Hey, oui monsieur.

- Pinky, tu n’as pas remarqué ce temple ? » M. Ashok désigna une haute structure conique peinte de serpents entrelacés que nous venions de dépasser. « Et le chauffeur a… » Il me toucha l’épaule. « Quel est ton nom déjà ?

- Balram

- Et bien, Balram, ici présent, a touché son œil en signe de respect Pinky. Les villageaois sont très religieux dans les Ténèbres. »

Comme apparemment cela les avait impressionnés, j’attendis un peu puis me touchai de nouveau l’œil avec un doigt. » (p 98). »

Le livre a reçu le Booker Price le 14 octobre dernier.

 Le Tigre Blanc, d’Aravind Adiga, Buchet Chastel, Septembre 2008, 320 p, 22 euros.

 

Le Tigre Blanc


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