La silencieuse, un premier roman intérieur de Ariane Schréder

14 janvier 2013 Par
Yaël Hirsch
| 0 commentaires

Normalienne et agrégée de lettres modernes, Ariane Schréder livre avec « la silencieuse » un premier roman emprunt de poésie et d’authenticité, où les mots de l’auteure sont peut-être plus nombreux mais aussi rares et choisis que ceux de l’artiste en chagrin d’amour et en quête de soi qu’elle met en scène. Un très joli texte qui annonce certainement l’arrivée d’une plume terriblement fine sur la scène de la jeune littérature française. Sortie le 7 février 2013.

A 32 ans, artiste-sculpteur, Clara voit son homme, Barnabé, la quitter et délaisser leur travail commun de marionnettistes pour se faire acteur-cabotin. Le coeur brisé, elle se donne un an de retraite à la campagne dans une grande maison calme à une centaine de kilomètres de Paris. Sa vie change alors du tout au tout; elle passe de longues heures seule, à peine interrompue par des marches en forêt et des rencontres silencieuses avec son vieux voisin d’origine algérienne ou un peu trop « fille » pour elle avec la pharmacienne du village le plus proche, récemment divorcée. De temps en temps, sa meilleure amie parisienne et sa fille tentent de la ramener à la civilisation, en venant lui rendre visite ou en l’obligeant de venir à une fête. Mais Clara aime vivre au plus près de la nature, secondée par un chat trop mignon, dans un large espace de travail ou ses sculptures blanches et gracieuses d’insectes s’amoncellent. Surtout, elle aime le silence et qu’on ne lui reproche pas le sien. Alors que Barnabé parlait pour elle, une fois seule Clara ne semble pas pouvoir donner le change en société et trouver les mots pour faire la conversation ou pour exprimer qui elle est. C’est peut-être en un an de silence qu’elle va parvenir à trouver ces mots intimes et précieux…

Dans une langue aussi précieuse qu’authentique, Ariane Schréder dresse le portrait séduisant d’une artiste timide sans névrose, en quête d’elle-même sans égocentrisme et qui cherche ses mots pour mieux orienter sa vie. Une quête métaphysique qui passe par l’observation et l’entrée en résonance avec ceux qui l’entoure et par l’ancrage naturel et régulier des saisons qui passent. Un très joli premier roman, qui exhale modestie, talent et amour de la langue.

Ariane Schréder, « La Silencieuse »,224 p., 17 euros. Parution le 7 février 2013.

« Je découvre l’hiver tant redouté par Adeline. Le ciel est gris, l’air glacial, et la nuit engloutit tout dès la fin de l’après-midi. Les arbres sont sans feuilles et dressent leurs bras décharnés au ciel comme s’ils l’imploraient. Tout le paysage a des allures de crâne à rappeler que nous sommes mortels. » p. 141

Informations Pratiques


Liens: Philippe Rey