La ronde des amours soviétiques par Andreï Makine

18 avril 2011 Par
Yaël Hirsch
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Après « La vie d’un homme inconnu » (Seuil, 2009), l’auteur du « Testament Français » (Seuil, 1995) continue à creuser avec de l’encre le sillon d’une nostalgie non dupe pour l’ère soviétique. Toujours chez Seuil, « Le livre des brèves amours éternelles » revient en 8 anecdotes sur des moments de bonheur volés dans l’URSS des années 1960 à la chute du mur.

Dans une ronde de huit histoires d’amour ou de passion dont le narrateur a fait l’expérience, Andreï Makine griffe quelques moments de le Russie de 1960 à 1989. Commençant et se terminant par la figure mythique du dissident Dmitri Ress, puni pour l’affiche « Vive la Grande Porchaison! » où les leaders du régimes prennent un visage porcin, « Le livre des brèves amours éternelles » prend le pouls de la marge de liberté que permet l’amour ou le rapport érotique, dans les interstices du camarade puritanisme soviétique. Il y a les silencieuses et platoniques amours d’enfance, nées par-delà les entraînements virils des jeunesses communistes. Il y a également les amours physiques sans avenir et vécues avec la passion du désespoir. Il y a également la trahison de la maîtresse de Dmitri Ress qui l’a poussé à se rebeller contre le régime pour épouser un potentat du régime après son emprisonnement. Surtout, Makine distille une nostalgie qu’il ne faudrait pas confondre totalement avec le regret des idéaux communistes, mais plutôt percevoir comme lé désir lancinant de revenir aux années de jeunesse mâtiné d’une critique acerbe de ces nouveaux russes convertis au capitalisme le plus virulent.

Pesant tout le poids de l’âme slave, « Le livre des brèves amours éternelles » enjoint le lecteur à saisir le moment car « Notre erreur fatale est de chercher les paradis pérennes. des plaisirs qui ne s’usent pas, des attachements persistants, des caresses à la vitalité de lianes : l’arbre meurt mais leurs entrelacs continuent à verdoyer. Cette obsession pour la durée nous fait manquer tant de paradis fugaces, les seuls que nous puissions approcher au cours de notre fulgurant trajet de mortels. »(p. 81). Dans sa langue précieuse et fragile, Makine donne encore une grande leçon d’espoir et de littérature.

Andreï Makine, « Le livre des brèves amours éternelles« , Seuil, 195 p., 18.50 euros. Sortie le 6 janvier 2011.

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