« La fabrique des pervers », le récit bouleversant de Sophie Chauveau

13 mai 2016 Par Marine Stisi | 2 commentaires

Sophie Chauveau a dévoilé chez Gallimard son nouveau livre, La fabrique des pervers. L’auteure y raconte l’histoire de sa famille, une dynastie de bourreaux, violeurs et monstres qui firent autour d’eux un très grand nombre de victimes, dont l’auteure elle-même. Un récit qui traite de l’inceste sous forme d’un témoignage absolument bouleversant.

Note : Note de la rédaction :

Une histoire partagée et dévoilée

Comment écrire l’indicible ? Auteure de nombreuses biographies (à propos de Léonard de Vinci, Diderot, Fragonard ou Manet), Sophie Chauveau dévoile, dans La fabrique des pervers, une histoire qui ne saurait laisser de marbre. En effet, elle emporte le lecteur au cœur d’une histoire de famille, la sienne. Saisissant.

Tout débute par un retour en arrière. En 1870, alors que le tout Paris meurt de faim, deux hommes ont l’idée du siècle, une idée qui va les rendre richissimes : tuer les bêtes sauvages de la Ménagerie de Paris et en vendre la viande aux parisiens, qui ne se nourrissaient guère plus que de chats, de chiens, de rats. Ces hommes, dépeceurs cruels, sont les ancêtres de Sophie Chauveau et de sa cousine.

Les deux femmes, qui ne se connaissaient pas, se rencontrent presque sur un mal entendu et soudain, se comprennent : elles ont vécu la même chose. « Longtemps, j’ai pensé être seule au monde dans cette abjection, jusqu’à découvrir, au fur et à mesure, que nous étions très nombreuses à porter ce fardeau d’ignominie. Loin d’être seule à être si seule… », écrit Sophie Chauveau. Son histoire tragique, horrible, abominable, enfin, peut-être partagée avec quelqu’un. Et bientôt, trouvera le chemin d’un livre.

Voyage abominable dans l’intime

Nous découvrons ainsi une intimité familiale criminelle, celle de jeunes filles, mais aussi, de jeunes garçons, abusés par leurs parents, oncles, grands-parents. L’auteure y décrit des personnalités en dehors de toute convenance sociale, détruisant barrières et interdits avec légèreté et sans le moindre soupçon d’une enfreinte quelconque de la loi, juridique ou divine.

Les petites-filles, elles, ne comprennent que bien tardivement que cela ne se passe pas comme ça dans les familles « normales », qu’il n’y a rien de traditionnel à ce qu’un père « chatouille », « caresse » sa propre fille. Elles ne le comprennent que bien tardivement certes, mais le mal est déjà là et le traumatisme, bien réel. Et si elle parle beaucoup de son père, naturellement, Sophie Chauveau parle également énormément de sa mère, complice du crime dans le fait de ne rien dire, de faire comme si. Ne pas défendre sa propre fille pour se défendre elle-même ?

Ecrire pour ne pas sombrer

Quelques 280 pages pour décrire ce que l’on peine à imaginer : des générations entières d’enfants abusés, violentés, violés. Des générations entières traumatisées. L’inceste atteint ici une dimension à peine croyable, des enfants abusés devenant eux-mêmes abuseurs. « Je n’écris peut-être que pour stopper la malédiction », dit-elle. Elle écrit également car l’écriture, ça a souvent été le cas, permet de ne pas devenir fou. L’écriture, éternel exutoire, donne la possibilité à l’âme de se dévoiler. Non pas de comprendre, mais de chercher des réponses.

Il y aurait beaucoup à dire sur cet ouvrage, tant il est poignant, bouleversant. De sa propre histoire, Sophie Chauveau l’élargit en s’intéressant à l’aspect juridique de l’inceste, aux traumatismes de l’enfant de manière psychologique, réfléchit à l’amour parental, à l’idée même de la famille. Indéniablement, c’est un livre dont on ne sort pas indemne.

Sophie Chauveau, La fabrique des pervers, Editions Gallimard, 288 pages, 19,50€.

Date de parution : 2 mai 2016

Visuel : (c) DR


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. Ping : Sophie Chauveau, La Fabrique des pervers (avril 2016) – Femmes de lettres

  2. Ping : « La fabrique des pervers », le r&e...

Laissez un commentaire: