Henry Bauchau, éternel enfant rieur

28 novembre 2011 Par
Géraldine Bretault
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Du haut de ses quatre-vingt-dix-huit ans, Henry Bauchau se penche une fois de plus sur son passé, dans un récit à la fois empreint de sagesse  et léger comme le temps qui passe.

Divisé en quatre chapitres, le présent tome couvre la période 1913 à 1940. Un récit à la nature autobiographique assumée, notamment à travers l’évocation fidèle de plusieurs événements fondateurs dans la vie de l’écrivain belge, qui ont déjà donné lieu à différents ouvrages par le passé. Citons l’incendie de la maison familiale à Louvain (La Déchirure, 1965), l’humiliation de son père suite à la Première Guerre (Le Régiment noir, 1972), ou encore ses faits d’arme en tant qu’officier de réserve, jusqu’à la capitulation face à l’ennemi allemand en 1940. Une débâcle vécue comme une occasion manquée pour celui qui aurait rêvé d’être un « homme d’action ».

Au lieu de cela, Henry Bauchau rencontrera la littérature, et au-delà, le don de transmuer les actes en parole, puisqu’il deviendra poète, dramaturge et psychanalyste. Pour autant, ce goût de l’action ne l’a jamais quitté, lui dont la plume retranscrit avec acuité les souvenirs du corps, qu’il s’agisse de l’amour de la neige et du ski, comme dans ce cinquième recueil de poèmes (Tentatives de louange), ou de l’amour charnel tout court, à travers l’évocation de deux premières figures féminines qui ont compté dans sa vie : Mary, l’immigrée russe au caractère trempé qui fera de lui un père, et Laure, l’épouse interdite qui lui révèlera néanmoins l’exaltation des sentiments réciproques.

L’Enfant rieur est donc tout cela à la fois : la réminiscence de ce petit garçon gai que la guerre et ses aléas ont brutalement privé de son sourire, la naissance d’un écrivain, avec cette aptitude si précoce à transcrire le sensible, la compréhension émue du genre humain jusque dans ses plus grandes bassesses et le bilan d’une vie qui, si son cours a pu dérouter le narrateur, demeure assumée avec une immense gratitude pour les rares moments de rédemption offerts.

Henry Bauchau se méfie du temps et de lui-même jusqu’à s’adjoindre les services d’un joker sous la forme de celui qu’il nomme son « personnage ». Ainsi, si certains agissements de son « double » lui semblent aujourd’hui incongrus, il ne saurait en tenir rigueur à son « personnage », puisque ce dernier a agi comme il lui semblait juste en son temps.

Une vie vécue comme un personnage de roman, dont nous attendons la suite avec impatience.

 

L’Enfant rieur, Henry Bauchau, Actes  Sud, novembre 2011, 336 pages, 22 euros.

Et aussi un recueil de poèmes : Tentatives de louanges, collection « le souffle de l’esprit », Actes Sud, novembre 2011, 58 pages, 9 euros.

 

« Les moments qui subsistent le plus fortement dans ma mémoire sont ceux où je contemple, sans le savoir, des choses dont je ne savais pas que je les aimais, des réalités visibles ou invisibles chéries dans l’ignorance. » p. 23.

 

Visuel : Henry Bauchau © Ulf Andersen


Informations Pratiques


Henry Bauchau, éternel enfant rieur

L’Enfant rieur, Henry Bauchau, Actes Sud, novembre 2011, 320 pages, 22 euros.