Guy Hocquenghem, l’irrévérence virtuose

22 mars 2017 Par
Jérôme Avenas
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Les Éditons Verticales publient « Un Journal de rêve », recueil d’articles de presse parus entre 1970 et 1987 signés par Guy Hocquenghem. Le philosophe de gauche, chargé de cours à l’Université de Vincennes, écrivain, militant, avait trouvé en Libération une liberté de ton, le moyen d’évoquer des sujets qu’aucun autre média n’osait aborder à l’époque.

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Ce n’est pas ce qui vient d’emblée à l’esprit quand on évoque Guy Hocquenghem et pourtant… À lire ses chroniques publiées dans Libération de 1978 à 1982, ce que l’on retient c’est la virtuosité avec laquelle le philosophe et journaliste maniait l’humour irrévérencieux. Né en 1946, mort du sida en 1988, il a traversé mai 68 et fut le premier à témoigner « à visage découvert de son homosexualité dans un long entretien au Nouvel Observateur. » Le polémiste controversé a milité au sein du Front homosexuel d’action révolutionnaire.

Cet art piquant de la subversion, de l’irrévérence, chez quel écrivain, quel éditorialiste, quel philosophe le trouve-t-on aujourd’hui ? Beaucoup des sujets abordés sont toujours d’actualité, comme la dépénalisation de la marijuana : « Si les jeunes fument et si la plupart du temps après avoir fumé ils n’ont rien envie de faire, c’est que la principale liberté qu’ils peuvent arracher au système, au moins subjectivement, c’est de ne rien faire ». Certains évènements culturels sont toujours sacralisés jusqu’au ridicule. Au festival de Cannes 1981, il tentera, en vain, d’interviewer une femme de chambre du Carlton, l’échec confinant au running gag : « C’est vous qui voulez une femme de chambre ? Oui, je voudrais un autre point de vue sur le festival. Impossible, nous avons interdit à notre personnel de répondre aux journalistes. Vous comprenez, la presse à scandales… Mais je ne suis pas la presse à scandales (hélas). Oh, Monsieur, toute presse est à scandales. La femme de chambre est nettement plus difficile à trouver que l’importe quelle supposée vedette. Gauche ou pas, on se tait au Carlton. ».

Dans un article, « Tout le monde ne peut pas mourir dans son lit », le premier paru dans Libération en 1976, il fustige la menace du « pédé désodorisé » regrette le « sordide et le grandiose ». Il demande qu’on ne confonde pas « l’auto-défense avec la respectabilisation ». Il ajoute « l’homosexualité est d’abord, pour peu de temps encore peut-être, une catégorie de la criminalité. Personnellement, je préfère cet état de choses à sa probable transformation en catégorie psychiatrique de la déviance. » Rappelons que la dépénalisation (1982) a précédé le retrait de l’homosexualité de la liste des maladies mentales de l’OMS (1991). En 1979, son discours est plus nuancé, mais il constate ce qui est encore aujourd’hui, plus que jamais, une réalité : « La fin d’une discrimination légale n’est pas la fin du mépris. »

Même si l’on ne partage pas, mais alors pas du tout, certains aspects de la philosophie de Guy Hocquenghem, on lit avec plaisir, jubilation parfois, des pages tour à tour graves, toniques et … drôles.

Guy Hocquenghem, Un journal de rêve – Articles de presse (1970-1987), avec une Postface d’Antoine Idier, Éditions Verticales, février 2017, 320 pages, 22€

Visuel : ©Éditions Verticales


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