Un Chant Céleste de Yan Lianke

31 juillet 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Né de parents analphabètes au sein de cette campagne chinoise qu’il aime tant décrire dans ses romans, Yan Lianke est un des écrivains chinois contemporains les plus importants. Huit de ses romans ont été traduits en français. Dont le merveilleux Un chant céleste.

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Dans Un Chant Céleste, You Sipo une mère courage enfante quatre simples d’esprit. D’abord elle a trois filles débiles. Puis le fils, petit dernier semble normal mais va tomber malade et devenir idiot du fait d’une maladie héréditaire transmise par son père You.
Le jour où le médecin éteint la dernière goutte de leur soleil familial en diagnostiquant un quatrième retard mental dans sa progéniture, le père des enfants se suicide en se jetant dans la rivière. You ­Sipo retrouve son corps et hurle sa colère à ce père défaillant en l’apostrophant au delà de la mort. Elle serait seule à élever ses enfants sauf que son cri est si fort, sa colère si puissante que son mari ne trouvera pas le repos et revient en fantôme pour la suivre dans son long chemin vers la réparation. Comme un Dibbouk et malgré lui son mari achèvera son destin. Elle est donc seule à élever ceux qu’elle nomme les quatre idiots, sous le regard impuissant du fantôme de son mari. Une obsession l’anime : marier ses enfants, devenus adultes, avec des gens complets.

Grivois (Mais ces crétins, est-ce qu’ils vous ont empêchés de forniquer comme vous vouliez dans vos lits ? ), fantasque et fantastique le livre suit cette femme qui sacrifie sa vie dans un désir incandescent de laisser le monde réparé. Lorsqu’elle apprend que l’on peut guérir les enfants à l’aide d’une soupe avec les os d’un mort, d’une personne très proche, la tombe du père est profanée sous les yeux du fantôme du même père. La soupe cannibale a des effets positifs. Mais il n’y a pas assez d’os et c’est la mère qui fournira la solution. A ses funérailles elle prévient : Ce mal est héréditaire, vous savez maintenant comment soigner vos enfants.

Magnifiquement traduite par Sylvie Gentil (décédée ce printemps), l’écriture de Yan Lianke fascine par sa radicalité poétique. Ainsi par exemple :

Derrière le village, fondue dans les ténèbres à ne plus avoir de forme, la crête faisait penser à des lamelles de chou bouilli aplaties au fond d’une marmite.
Ce soleil qui s’apprêtait à tomber avec un minuscule chuchotis

Parallèlement à cette fable, l’auteur publie, dernière traduction de Sylvie Gentil A la découverte du roman, un essai sur la littérature

Un chant céleste
Yan Lianke
traduit du chinois par Sylvie Gentil,
éd. Philippe Picquier, 90 p., 13 €.