Tourner la page (avec Balzac) de Arielle Meyer Macleod

13 novembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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A l’occasion des deux ans du Bataclan, le chanteur Babx a pris les rênes de la rédaction. Il sera sur la scène de la Cigale le 27 novembre pour présenter Ascensions, son dernier album. Sa direction a été claire : interroger la notion de relève dans le monde culturel.

Parce qu’elle est quittée et que la douleur est insupportable Arielle Meyer Macleod va chercher dans ses anciennes lectures quelque chose qui pourrait l’aider, et qu’elle n’aurait su repérer à l’époque.

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Extrait : Depuis le jour du départ de P, j’ai comme un bourdon dans la tête. Un bourdon, cette note tenue qui ne s’arrête jamais. Comme dans la chanson de Camille. Parfois étouffée par d’autres sons au point de devenir inaudible. Mais toujours là.

Toute à la douleur d’une séparation amoureuse, la narratrice retrouve un article qu’elle avait écrit sur une nouvelle de Balzac, La maison du Chat-qui-pelote, qui précède la longue série de « La comédie humaine ». Dans cette nouvelle, un riche aristocrate s’éprend d’une jeune fille de marchands avant de l’abandonner pour de plus fraîches conquêtes. La narratrice retraverse sa propre histoire, réapprend la vie en solitaire et tourne en rond à tenter de comprendre comment celui qui l’avait hier tant aimée, courtisée, flattée, caressée, encensée, glorifiée ou tout simplement contemplée, pouvait s’être détourner d’elle, ne plus même la regarder. L’auteure invoque Kleist, Lacan, Paul Ricœur pour ruminer son dépit et sa douleur. Le récit est bouleversant.

La force de l’oeuvre est d’avoir inventé autre chose que la combine connue qui consiste à donner à la littérature une mission de rempart à la réalité. L’auteure ne se contente pas de se renforcer avec du beau pour quitter son mal intérieur. Elle ne se compromet pas à croire que la sublimation seule peut guérir les êtres. Elle parvient à utiliser l’oeuvre de Balzac à la façon d’une figure de style qu’elle applique à sa  psyché. Dans la suite de ce qu’elle repère d’un  décalage de deux modes de récits chez Balzac, elle épouse mentalement la forme rhétorique et réussit sans renoncer à son deuil à s’articuler. Elle s’administre pour s’écrire elle-même, s’appliquer à elle même les parenthèses du (avec Balzac). Et par ce dispositif elle parvient à se relever. 

C’est épatant.

Tourner la page (avec Balzac)

Arielle MeyerLeod

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