Sélection fictions : une autre idée de l’Amérique

22 janvier 2016 Par Audrey Chaix | 0 commentaires

Source d’inspiration éternelle pour les auteurs américains, leur pays d’origine se raconte dans les romans au travers de son histoire et de personnages qui remettent en question la société dont il font partie, pour mieux la faire évoluer. C’est ainsi bien souvent grâce à la littérature, d’hier et d’aujourd’hui, que se construit l’image de ce pays complexe, voire schizophrène. Dans cette sélection, ce sont des voix jeunes, d’enfants ou de jeunes adultes, qui, sans vraiment s’en rendre compte, font avancer la société américaine, qui n’est pas toujours tendre envers eux. 

Neverhome, de Laird Hunt

neverhomeRécompensé en novembre dernier par le Grand prix de la littérature américaine, Neverhome retrace le destin de Constance, une jeune femme hors du commun qui, alors que la Guerre de Sécession fait rage, s’engage dans les rangs de l’Union à la place de son mari, le tranquille Bartholomew, parce qu’elle estime qu’elle y sera plus dans son élément que lui. Elle devient alors Ash Thompson, et traverse la guerre avec bravoure et courage, jusqu’à ce que son univers explose en même temps que son pays.

Ce qui frappe dans le roman de Laird Hunt, c’est la place faite aux femmes dans un monde d’homme : celle de Constance, bien sûr, qui, déguisée en homme, fait honneur à son pays, mais aussi celle de sa mère morte, qui hante ses rêves, ou encore de Neva, une infirmière auprès de laquelle Constance vit une parenthèse pleine de tendresse et d’étrangeté au milieu de la boucherie de la guerre civile. Histoire de femmes, donc, mais aussi histoire d’amour : celui, inconditionnel, que porte Constance à son époux, malgré la violence qui finit par déteindre sur elle au contact de la guerre. Un roman aussi touchant que surprenant.

Neverhome, de Laird Hunt. Traduit de l’anglais (USA) par Anne-Laure Tissut. Actes Sud. Paru en septembre 2015. 272 p. Prix : 22 €.

Les enfants de l’eau noirles-enfants-de-l-eau-noiree, de Joe R Lansdale

Texas, dans les années 1930. Sue Ellen, 16 ans, grandit dans la misère du bayou, entre un père alcoolique aux mains baladeuses, et une mère plongée dans les vapeurs du laudanum du matin jusqu’au soir. Jusqu’au jour où son amie May Lynn, qui rêvait de conquérir Hollywood, est retrouvée noyée au fond du fleuve, lestée d’une machine à coudre et salement amochée. Commence alors un périple fou, où la jeune fille, accompagnée de ses amis Terry et Jinx, décident d’incinérer May Lynn et d’emporter ses cendres à Hollywood – ses cendres, et un joli pactole dérobé au père de la morte. S’ensuite alors une course poursuite infernale le long du fleuve, peuplé de créatures aussi inquiétantes que dangereuses.

Raconté à la première personne par Sue Ellen, aussi brute de décoffrage qu’elle est maligne, Les enfants de l’eau noire est un somptueux roman d’apprentissage, sombre et cauchemardesque, qui rappelle l’ambiance gothique du magnifique film de Charles Laughton, La Nuit du chasseur. Abandonnés par les adultes qui ne cessent de les trahir, confrontés à l’horreur, les trois adolescents du roman entraînent avec eux le lecteur sans répit, alors que soufflent dans leur cou les démons qui les poursuivent. Une très belle découverte !

Les Enfants de l’eau noire, de Joe R. Lansdale. Traduit de l’anglais (USA) par Bernard Blanc. Éditions Denoël, collection Sueurs froides. Paru en septembre 2015. 368 p. Prix : 21,90 € (format Kindle : 13,99 €).

Haute tension à Palmetto, de Erskine Caldwell

haute-tension-a-palmettoRien ne va plus à Palmetto, petite bourgade endormie du Sud des États-Unis : depuis que la nouvelle institutrice, Vernona Stevens, est arrivée, les têtes masculines tournent, de 17 à 77 ans, ce qui menace fortement l’ordre social établi depuis des décennies. En à peine une semaine, la jeune femme provoque une véritable révolution dans le village, digne d’une tragédie romantique … qui se serait égarée sur le terrain de la comédie sulfureuse.

Après Le Bâtard, Belfond Vintage propose un second roman de Erskine Caldwell à ses lecteurs : l’auteur américain continue d’explorer les noirceurs de l’âme humaine, en particulier de ces « pauvres blancs » qui peuplent ses romans, partagés entre une ironie grinçante et une critique à peine déguisée des travers de ces petites gens. Parce qu’elle est jeune et belle, profondément sexy, Vernona devient une marchandise qu’il convient de s’approprier pour les hommes concupiscents, sans que son avis importe tellement. Heureusement, la jeune femme ne se laisse pas faire, sous l’œil bienveillant de M. Neff, le mari de sa logeuse – seul individu mâle du roman à garder la tête sur les épaules. Véritable farce, Haute tension à Palmetto n’a pas la même portée sociétale et littéraire que Le Bâtard, mais le roman se déguste comme un vieux film américain des années 1950, où s’affrontent avec verve la pin up un peu vulgaire et le vieux célibataire mal embouché. Un régal !

Haute tension à Palmetto, de Erskine Caldwell. Traduit de l’anglais (USA) par Anne Villelaur. Éditions Belfond Vintage. Paru en novembre 2015. 250 p. Prix : 15 €.


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