« Règle animal », de Jean-Baptiste Del Amo : Goncourt 2016 ?

19 septembre 2016 Par Julien Coquet | 0 commentaires

L’histoire d’une exploitation fermière sur cinq générations ouvre les plaies de la cruauté des hommes et des souffrances endurées par les animaux. Un grand roman bien placé pour remporter, si ce n’est le Goncourt, un prix littéraire.

Note de la rédaction :

Le projet est titanesque, ambitieux et, bien sûr, prétentieux. Jeune auteur déjà connu du cercle littéraire grâce à Une éducation libertine qui avait remporté le Goncourt du premier roman en 2009, Jean-Baptiste Del Amo nous livre ici une histoire campagnarde. Le roman est divisé en quatre parties de longueur égale : « Cette salle terre (1898 – 1914) », « Post tenebras lux (1914 – 1917) », « La harde (1981) » et « L’effondrement » (1981). Le découpage du roman est loin d’être linéaire et l’histoire contée ne se veut pas totale, une immense ellipse, de 1918 à 1981, coupe le récit en deux. La première partie narre l’histoire d’Eléonore et de ses deux parents fermiers. Elle se clôt par l’achat de deux jeunes truies par Marcel, l’apprenti. La seconde partie se concentre sur l’élevage porcin géré par les descendants d’Eléonore.

Autant, la première partie est triste, la seconde est déprimante. L’auteur ne nous épargne aucun malheur de la paysannerie et des hommes plus généralement : la pauvreté, la maladie, la folie, l’inceste, le suicide, etc. Tout y est présent. Beaucoup, n’est-ce pas ? Et pourtant, cela tient. Jamais Jean-Baptiste Del Amo n’adopte une posture misérabiliste envers ses personnages, même si la majorité est répugnante. Eléonore supporte sa mère pieuse et folle, son père gueule cassée, son arrière petit-fils attardé, son arrière petite-fille à la réputation douteuse…

Le roman est aussi captivant par la langue qu’il déploie et le vocabulaire employé (le lecteur devra quelques fois ouvrir le dictionnaire). Peu de dialogues, mais de longues et très belles phrases. La beauté de la nature peut être décrite sur plusieurs lignes, de la rosée du matin qui perle sur l’herbe à la lumière du coucher de soleil. Mais c’est souvent pour mieux rappeler, en contre-point, la réalité de la campagne et une partie beaucoup plus crue et mois poétique. Chez Jean-Baptiste Del Amo, on parle de merde, de larves qui grouillent dans les déjections des porcs, de porcelets mort-nés que l’on écrase à coups de bottes, de placentas qui traînent à même le sol, etc. Comme si l’homme était responsable de cette laideur, l’avait accentuée.

Le règne animal (dont le lecteur ne comprendra la signification du livre qu’une fois le roman achevé) est la domination de la nature sur ces hommes fous, violents et brutaux. Les animaux, à chaque fois, se rappellent aux hommes. Lorsque le père d’Eléonore est enterré, c’est un crapaud dans la fosse qui vient déranger la cérémonie. Plus loin, c’est Jérôme, l’enfant attardé, qui joue avec une vipère dans le cimetière du village, évitant de peu la morsure. Toujours, la nature est là pour rappeler ses droits à travers ses émissaires, les animaux.

Jean-Baptiste Del Amo, Règne Animal, Editions Gallimard, 432 pages, 21€

Date de parution: 18 août 2016

Visuel: ©Gallimard


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