Pleins feux sur Javier Marías

20 février 2017 Par
Marine Stisi
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Il est un des auteurs les plus prolifiques de la scène littéraire contemporaine espagnole. Le madrilène Javier Marías, membre de l’Académie royale espagnole, est à l’honneur en ce début d’année. En effet, si du côté des poches, les éditions Folio sortent deux de ses plus grands succès, Dans le dos noir du temps et surtout, le superbe Comme les amours, les Editions Gallimard publient dans leur collection « Du monde entier » son tout dernier ouvrage, Si rude soit le début.

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Dans la brume d’Oxford

Javier Marías, auteur madrilène à la notoriété désormais internationale, s’est fait connaître notamment grâce au Roman d’Oxford, ouvrage publié en 1989 et succès commercial et critique (prix de la Ville de Barcelone), qui s’inspirait de son expérience en tant que professeur de littérature à la prestigieux université anglaise. Puisque nous citions Oxford, restons-y. Dans le dos noir du temps, publié en France en 2000 chez Rivages, est une –presque- suite de ce Roman d’Oxford, succès de 11 ans son prédécesseur.

Dans ce roman-ci, Marías y décrit, de manière complètement fictionnelle -mais il faut reconnaître qu’il y a de quoi s’y perdre- les conséquences que cet ancien ouvrage auraient pu avoir sur les professeurs de la célèbre université, qui auraient pu s’y retrouver d’une certaine manière. C’est ingénieux et intelligent, un plaisir aussi de retrouver l’ambiance du Roman d’Oxford.

Aller-simple pour Madrid

Chez Folio toujours, c’était aussi au tour de Comme les amours, roman publié en 2013 chez Gallimard, de sortir en format pocket. Dans ce roman plus récent, le lecteur retourne en Espagne et y restera, sans pour autant quitter l’univers de la littérature, chère à Marías. Au programme, María Dolz, éditrice, croise le chemin d’un couple d’une manière quotidienne, quand elle apprend la mort de l’époux, le producteur Miguel Deverne, dans des circonstances accidentelles et tragiques. Avec distance, elle va se retrouver au plus près de cette affaire qui ne l’a touchait à priori que de très loin.

Avec une plume maîtresse, précise et manipulatrice, l’auteur fait de ses lecteurs des spectateurs impuissants d’une affaire qui va et qui vient, qui nous perd et nous embrume sans jamais nous livrer de réponse claire et précise. Une valse des interprétations et des confiances maîtrisée jusque dans les moindres détails.

a17821Toujours à Madrid, Si rude doit le début est le dernier roman en date de l’écrivain madrilène, publié chez Gallimard à l’occasion de la rentrée littéraire de janvier. Encore une fois, le lecteur ne quitte pas Madrid mais voyage cependant dans le temps.

Nous sommes en 1980, Franco est mort depuis 5 ans. Le pays, petit à petit, se relève. La jeunesse vit les libertés comme ce fut impossible pour ses ainés. La movida bat son plein, le cinéma est en ébullition et les jupes des filles, soudain, sont plus courtes que jamais.

Le jeune Juan De Vere est assistant d’un célèbre cinéaste, Muriel Eduardo. Rapidement devenu homme de première main et confident, il idolâtre un peu cet homme qui réussit tout. Bientôt pourtant, il assiste, impuissant, au mépris habituel de son patron pour sa femme, Beatriz, une femme désirable pour plusieurs raisons, et notamment, pour le mystère qui l’entoure. Que fait-elle quand elle s’échappe durant des après-midi entières, qui voit-elle ?

Dans cet ouvrage, de la même manière que dans Comme les amours, les suppositions prennent à l’occasion la place de la réalité. Parfois on s’y perd, où se trouve la vérité, où se trouve la fiction ? Mais l’imaginer, n’est-ce pas, d’une certaine manière, une forme de réalité ?

Javier Marías prouve une nouvelle fois avec ce roman au titre à la beauté déjà évocatrice, Si rude soit le début, une facilité dans les descriptions de l’intime et des rouages de la complexité humaine. Toujours sans en avoir l’air, une énigme à tiroirs se déroule sous nos yeux envoutés, un monde se forme et se compose. La plume est dense, sublime, d’une élégance folle. L’univers de Marías est, encore une fois, empreint d’une délicatesse qu’on aimerait ne jamais lâcher.

Si rude soit le début, Editions Gallimard, collection « Du monde entier »,

Comme les amours, Editions Folio, 432 pages, 8,20€.

Dans le dos noir du temps, Editions Folio, 432 pages, 8,20€.

Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek, Jean-Marie Saint-Lu.


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