Ollivier Pourriol, « Une fille et un flingue » : Coup de sang dans le milieu du cinéma

16 août 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Dans ce roman à l’humour certain et la plume acérée, l’essayiste et philosophe se penche sur son domaine de prédilection. Un portrait tout à la fois délicat et rugueux de l’industrie du cinéma ; mais à la fin du film, le lecteur reste sur sa faim.

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Note de la rédaction :

En cette rentrée 2016, Le Printemps du cinéma n’a jamais aussi mal porté son nom, tant le septième art a semble-t-il nourri l’imagination de nos écrivains. Alors que Régis de Sà Moreira nous projette le film de la vie d’un couple, Antônio Xerxenesky image la traque d’Orson Welles par une tueuse à gage (F, Asphalte éditions). La voix d’Ollivier Pourriol se joint à ce chœur qui chante l’automne du cinéma, une voix discordante puisque, dans Une fille et un flingue, Pourriol descend en flèche la pas si belle famille du cinéma français.

Etudiants en cinéma fauchés, frères à la vie et à la mort, Dimitri et Aliocha décident d’appliquer à la lettre les conseils douteux des grands maîtres. Leur film sera donc un « holp up » pour suivre l’évangile selon Saint Luc B., et comme ils souhaitent qu’il soit « bon » ils placeront, comme recommandé par Jean-Luc G., une fille et un flingue sous leur caméra. Les grandes lignes du scénario esquissées,  il ne reste plus qu’à s’inquiéter du casting et à convaincre, entre deux montées des marches ou, au choix, deux vodkas les deux grands D. du cinéma français d’être de la partie. Dans les rôles titres donc Catherine et Gérard, quant au flingue on verra ça plus tard.

Le roman de Pourriol est aux antipodes du film des frangins. Quand les seconds excellent dans l’art de l’improvisation et les magouilles en tout genre, Pourriol déploie un récit scénarisé à la perfection et soucieux du moindre détail. Souvent piquante parfois drôle, la critique se veut acerbe et décapante.  On aurait cependant apprécié ressentir dans le style davantage de fantaisie, à l’image du grain de folie qui anime le projet loufoque de nos deux anti-héros. Car, derrière les feux de la critique, c’est l’amour que voue Pourriol au cinéma qui apparaît, comme en filigrane, à chacune des pages. En parfait connaisseur du monde cinématographique, de son histoire tout comme de son industrie, le cinéphile déroule sa bobine avec la plus grande minutie. Le suspense ne manque pas, mais tout est trop contrôlé et millimétré pour que l’imagination du lecteur-spectateur puisse vaguer librement. Un excellent film, et sur ce point et Luc B. et Jean-Luc G. en conviendront, c’est aussi un film qui sait parsemer tout au long de son intrigue des interstices d’évasion.

En somme, on passe un agréable moment. Mais ni le film des frangins ni le livre de Pourriol ne nous laisseront un souvenir impérissable.

Ollivier Pourriol, Une fille et un flingue, Paris, Stock, parution le 24 août 2016, 288 pages, 19 euros.

Visuel : couverture du livre


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