« Le Mars Club » de Rachel Kushner : journal d’une condamnée

29 août 2018 Par
Marine Stisi
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Les Editions Stock publient dans le cadre de leur rentrée littéraire le troisième roman de l’autrice américaine Rachel Kushner. Le Mars Club, qui raconte les déboires d’une jeune femme emprisonnée à vie dans une prison californienne, saisit par son impitoyable justesse.

On entendrait presque les accords d’une guitare sèche, celle de Johnny Cash par exemple, s’échapper d’un transistor d’un autre âge. On entendrait presque l’écho de pas lourds se déplacer dans un couloir froid et silencieux, les bruits métalliques d’une cellule qui se referme, enfermant espoirs et rêves pour une durée plus ou moins limitée.

Rachel Kushner, autrice américaine rendue célèbre par la publication chez Stock déjà de Lance-flammes, un roman sur son expérience de motarde, nous propulse sans édulcorant aucun dans le quotidien de la prison pour femmes de Stanville, en Californie.

Loin de là les paillettes associées à la région. Loin de là Hollywood, le glamour du cinéma, quoique lui aussi très largement fantasmé. Le temps des quelques 480 pages du Mars Club, Rachel Kushner peint le tableau des laissés pour compte, le tableau de la misère sociale, de la drogue et des addictions en tout genre. Le temps de quelques flash-back, le tableau d’un San Francisco méconnu, celui du quartier de Tenderloin que les guides touristiques préfèrent conseiller d’éviter aux touristes peut-être trop curieux.

Romy Hall a 29 ans. Ex-strip-teaseuse du Mars Club, une boîte probablement un peu minable des bas-fonds de San Francisco, elle vient d’être condamnée à deux peines à perpétuité. Plus six ans. Le roman retrace son chemin, le quotidien qu’elle s’efforce de supporter, sa lutte silencieuse pour tenter de savoir ce qu’est devenu Jackson, son fils.

Rachel Kushner nous conte également les rapports qu’elle tisse, ou pas, avec ses co-détenues, et les histoires qui l’entourent. Des histoires toujours teintées d’une violence terrible mais aussi, souvent, d’une profonde humanité.

Le Mars Club est un grand livre, féroce et calme à la fois, à l’image d’un rayon du soleil qui percerait dans le couloir de la mort. C’est aussi un grand livre car il parvient à démontrer que jusque dans les plus sombres recoins du monde, dans l’inaltérable étirement des heures et des journées, une humanité parvient à se forger.

Rachel Kushner, Le Mars Club, Editions Stock, 480 pages, 23€.

Date de publication : 22/08/2018

Visuel : ©DR