Manuel de survie à l’usage des incapables: Thomas Gunzig secoue la Rentrée littéraire

18 août 2013 Par
Alice Dubois
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Nouvelliste à succès, dramaturge et chroniqueur radio, l’auteur belge Thomas Gunzig vient de publier son troisième roman Manuel de survie à l’usage des incapables aux éditions Au Diable Vauvert. Un exemple d’audace et de liberté de création. Gros coup de cœur de la rédaction pour cette rentrée littéraire 2013.

 ManuelDeSurvie

Identifiant notre système de société à l’organisation d’un supermarché, Thomas Gunzig nous embarque dans une aventure complétement hallucinante au cœur d’une banlieue pourrie où la vie des habitants est viscéralement dépendante du bon fonctionnement du centre commercial qui domine le quartier. Jean-Jean l’agent de sécurité désabusé vit avec la belle Marianne à la froideur reptilienne, fière de son statut de manager spécialisée « force de vente ». Leur vie va se voir chamboulée lorsque quatre jeunes loups sanguinaires décident de venger leur mère, une vieille caissière virée pour faute grave et victime d’un « accident » dont Jean-Jean serait à l’origine. Les frères Eichmann, leaders planétaires de la grande distribution vont alors faire appel à leur arme secrète, Blanche de Castille Dubois, experte du service Synergie et Proaction pour résoudre le problème et protéger leur image de marque.

« La vente était une conquête. Le marché était une guerre. Et Jacques Chirac Oussoumo serait un dommage collatéral. »

Alors que la mission semblait ridiculement aisée pour quatre jeunes loups assoiffés de vengeance, les évènements vont prendre une tournure que personne n’avait envisagée. La lâcheté des uns, la violence des autres vont faire de ce règlement de compte un bordel sans nom.

« Pendant que tu te lamentes, les autres s’entraînent » – Arnold Schwarzenegger (Pumping Iron).

C’est en partant de cette sentence hautement philosophique que l’auteur a construit son intrigue. Excellent dans l’art du rebondissement et de l’humour noir, Thomas Gunzig nous offre un roman très audacieux, tant par la liberté d’écriture qu’il s’autorise que par la pertinence jubilatoire du fond. Sa vision du monde comme supermarché broyeur d’humanité a le mérite de n’être jamais facile ni attendue mais reste toujours sur le fil, surprenante, lucide et terriblement jouissive. Ses personnages, exemples parfaits de ce que notre société de consommation produit de pire représentent malgré eux toute l’absurdité du système. Avec habileté, l’auteur les balade hors des stéréotypes et les éloigne au fil des pages de toutes idées préconçues que le lecteur aurait pu se faire sur eux, sans y penser…Par reflexe ou par modèle de pensée bien digéré. C’est drôle, déroutant, original et ambitieux. Bref, un roman qui sort des sentiers battus si prévisibles que prend parfois la littérature française.

Quand on sait que Thomas Gunzig est le fils d’un célèbre cosmologue et qu’il est capable de provoquer un éditeur en duel pour une querelle de droits d’auteur, on ne s’étonne plus de la fougue et de la liberté admirables qui caractérisent au mieux son dernier roman.

Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig

Parution: 22 août 2013 – Editions Au Diable Vauvert.

408p. – Prix: 18€

ISBN: 978-2-84626-414-3

« Marianne ouvrit les yeux. Un feu rageur s’était allumé dans son ventre. C’était de cette pâte là qu’elle était faite: celle d’une commerciale de première classe, celle d’une manager, celle d’Arnold Schwarzenegger Elle était faite de la pierre la plus dure, son mental était en acier, elle était l’aboutissement de siècles et de siècles d’évolution chez les grands prédateurs et là…elle était en train de s’enfuir.

Comme une perdante!

Putain!

Des types étaient rentrés chez elle, ils avaient foutu le bordel, ils lui avaient tapé sur la gueule, ils l’avaient attachée dans l’obscurité d’une salle de bain puante, ils avaient peut-être fourré leur queue dégueulasse dans l’un ou l’autre de ses orifices et tout ce qu’elle trouvait à faire, c’était s’enfuir.

Dans le couloir sinistre de cet immeuble sinistre.

Marianne fit demi-tour.

Elle arriva devant la porte de l’appartement qu’elle venait de quitter et elle rentra. Sans hésitation.

Une détermination aussi parfaite qu’un tableau excel. »