« L’invention de la mère », la Mama figée de Marco Peano

20 avril 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Dans son premier roman, traduit de l’italien par  par Anaïs Bouteille-Bokobza et Aurélie Bontout-Roche, Marco Peano s’attaque à la perte de « La mère », un ouvrage qui décrit bien le processus du deuil mais qui s’enlise dans un style trop fade.

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Mattia a 26 ans, il est italien et habite en bordure d’une petite ville. Il travaille dans le cinéma, enfin il aimerait bien car pour l’instant il vend des DVD sous la direction d’un patron absent et dépressif. Il a un « père » une « petite amie » et une « mère ». Et cette « Mère » dont jamais on ne saura le prénom ( belle idée) n’en finit pas de mourir.  Le livre est un deuil en trois temps : avant, pendant et après. Avant car le cancer offre cette chance perverse aux vivants qui restent debout de voir la mort marcher vers eux. Mattia, sa petite amie et son père vont vivre la dernière année collés « à côté », à aider la mourante à partir en douceur, tout en la regardant se vider d’elle même.

Malheureusement le livre s’épuise et ne survit pas à la mort de La mère. Si l’accompagnement de l’agonisante est pertinent, mettant bien en avant la préparation du deuil, l’après n’assume pas sa folie. Mattia refuse la perte et voit sa mère partout sans que le ton ni le rythme du livre ne changent. Il y a aussi cette idée, pas si mauvaise d’illustrer les temps important de cette vie menée par le bout du nez par la mort par des extraits de films racontés. On en prend l’habitude et on se lasse de cette répétition.

La mort de La mère, puisque Marco Peano cherche l’universel, devrait nous ramener à nos morts. Hors, il efface les actes manqués et les lapsus, les oublis et la sensation de marcher à contre-sens en permanence que tous les endeuillés racontent. Il fait fantasmer son héros, tente sans y parvenir de transformer Mattia en « Fils ». Il y a tout de même ce passage très bon et pour le coup très juste ou le jeune homme craque face à un policier qui mal-orthographie le nom de sa mère morte quelques mois avant. Là; il vrille, et se met en colère face à l’affront fait à la mémoire de la disparue. Mais rien à faire, alors que les deux premières parties sont inlâchable, la dernière perd en crédibilité.

On frôle alors à peine, et c’est dommage, le mysticisme religieux qui souvent se trouvent dans les villages italiens. La scène du ruban qui part de la tombe à la maison aurait pu être ce temps fort qui dit, dans cette culture italienne et fortement chrétienne la circulation entre le monde des vivants et le monde des morts.

Un premier roman prometteur donc, mais qui est écrasé par son sujet.

Marco Peano, l’Invention de la mère, PHÉBUS (23/03/2017)


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COMMENTAIRES:

  1. Jalleks

    C’est justement cette constance dans le récit qui m’a émerveillée … Ce livre est mon coup de cœur 2017 !

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