« Les cinq quartiers de la Lune » de Gilbert Sinoué : Immersion romanesque dans l’actualité brûlante

4 mars 2016 Par Flora Vandenesch | 2 commentaires

Note de la rédaction :

Troisième volet de la série Inch’Allah, Les cinq quartiers de la Lune vient de paraître chez Flammarion. Après Le souffle du jasmin et Le cri des pierres, Gilbert Sinoué signe un nouvel ouvrage édifiant. Auteur d’une vingtaine de romans dont Le livre de saphir et La nuit de Maritzburg, l’écrivain français d’origine égyptienne dépeint de sa plume leste et prodigue une vaste fresque historique. Au début du XXIe siècle, une ère nouvelle s’ouvre sur un Moyen-Orient meurtri et divisé.

Au cœur de l’Orient s’élèvent des voix, celles de femmes et d’hommes, chrétiens, juifs, musulmans et yézidis. Faire entendre ces voix, c’est le défi lancé par Gilbert Sinoué. L’auteur retrace la carte des évènements récents avec une belle vision d’ensemble grâce au recul de quelques années et fait revivre l’actualité sous un éclairage nouveau. Dans les pas de ces êtres de chair et de sang, on suit l’épopée de familles emblématiques, irakienne, israélienne, égyptienne et palestinienne, dont chaque ligne de vie – fragments d’intimité de ceux qui ont été frappés par la guerre – est profondément déterminée par le canevas religieux, culturel et social. On parcourt les territoires, de Bagdad au Kurdistan, découvrant les différents lieux au même moment de leur histoire.  Au fil d’un roman très documenté aux charnières solides – en tête des chapitres sont inscrites les villes et dates précises – l’histoire souveraine se déroule jusqu’à la veille de la situation que l’on connait aujourd’hui, aux frontières de la Lybie, en Syrie, à Gaza et Tel Aviv.

Le projet de départ est ambitieux : rendre compte des bouleversements géopolitiques qui ont secoué une partie de l’humanité, depuis le début des années 2000, au lendemain des attentats du World Trade Center, jusqu’en 2011, où éclate la « Révolution du Jasmin » en Tunisie. L’intervention militaire des Etats-Unis et l’attitude des pays occidentaux, qui conduisent à la guerre contre l’Irak en mars 2003, est vivement dénoncée. « Bien des grands esprits au cours des siècles se sont attachés à conseiller les autres sur les façons de se faire des amis. (…) Pourtant se faire un ennemi est simple : il suffit de chercher à tout prix à lui imposer notre culture ». L’émotion, présente à chaque page des Cinq quartiers de la Lune, n’exclut pas le respect de la vérité historique. Au rythme d’une narration pleine de rebondissements, la clarté des propos du romancier souligne son parti-pris marqué, mais sans excès, et son appartenance transparait entre les lignes, intimement liée à son oeuvre. L’histoire de l’un des personnages, Thierry Sarmant, journaliste français sur le point d’achever un livre traitant du Moyen-Orient, empreinte beaucoup à celle de Gilbert Sinoué, né au Caire, où il a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans puis arrivé en France en 1968, où il vit aujourd’hui.

« Le 11 septembre, la lune était à son premier quartier. La Lune, symbole de l’islam. » Et des quartiers de lune, il y en a cinq en couverture de ce roman, symboles déployés à travers le monde, au rythme des jours qui trainent leur cortège de peines. Mais, nous dit l’auteur, « dans un cycle normal, la Lune n’a que quatre quartiers. » Alors pourquoi cinq ? Danse des multiples ou Nature contrariée ? Bien loin de toute forme de résignation – les attentats et la mort d’innocents, la terrible rivalité entre sunnites et chiites et le conflit israelo-palestinien qui s’éternise composent une sombre réalité – il y a une force impérieuse dans ce livre superbe qui prône la tolérance. Qu’elle s’exprime par la volonté, l’amour ignorant des clivages, les cascades d’étreintes et de baisers, les pirouettes d’un destin moqueur et imprévisible, de cette écriture généreuse, gorgée de vie, indomptée et gourmande. L’âme et l’essence du récit résident dans l’identité aux mille visages qu’abritent cette région du monde. Sous le poids des pages, flotte dans l’air un parfum d’exil et parmi les témoignages, des bribes de nostalgie. Un élan d’amour vers l’Egypte.

Les Cinq quartiers de La lune, de Gilbert Sinoué, paru chez Flammarion le 24 février 2016, 400 pages, 21 euros.

Visuel : couverture du livre


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. Gilbert Sinouhé

    Lire un livre, n’importe lequel, de Gilbert Sinouhé veut dire presque certainement développer une forte dépendance. Il s’agit de romans, si bien documentés, qu’on ne peut s’empêcher de penser à Balzac. Mais il a le courage d’exprimer, courageusement et systématiquement, l’Orient mais aussi l’Occident. Après tout, il appartient au monde entier. Je cours acheter ce livre.

    Sania Sharawi

Laissez un commentaire: