L’enlèvement des Sabines, poupées jusqu’à la folie chez Emilie De Turckheim

28 décembre 2017 Par
Yaël Hirsch
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C’est une poupée gonflable qui est l’héroïne du nouveau roman d’Emilie de Turckheim. Avec L’Enlèvement des Sabines, l’auteure de Pop Corn Melody, du Joli mois de mai, de Héloïse est chauve et d’Une Sainte fait une satire caustique de nos contemporains de la complexité de leurs désirs. Un chute d’Empire plutôt qu’un enlèvement  inaugural et que l’on suit avec délectation. 

enlevement-des-sabines-turckheim-couvertureAlors qu’elle prend sa retraite très anticipée, Sabine se voit offrir par ses collègues un poupée gonflable made in France qui s’appelle … Sabine. Dans le train qui la ramène auprès de son metteur de scène de mari, la poupée sexy se fait agresser par des jeunes, et Sabine a peur. Actrice pour le mari, objet de soin et d’apaisement pour sa nouvelle propriétaire qui connaît son mode d’emploi par coeur, Sabine est l’obscur objets de tous les désirs et donc mathématiquement et psychanalytiquement le lieu de plastique où convergent toutes les folies…

Riche de trois niveaux de textes enchâssés (un fait divers arrivé au Japon, l’histoire des deux Sabine et les poèmes de Sabine l’humaine), ainsi que de l’ironie habituelle et puissante de Emilie de Turckheim, l’Enlèvement des Sabines est une fable pour aujourd’hui qui nous entraîne sur le ton léger et vivifiant de l’anecdote vers des zones sombres et aveugles de désir empêtré ou empêché. Un roman de moraliste, évidemment jamais moralisateur et toujours impertinent à découvrir dans la rentrée de janvier 2017.

Emilie de Turckheim, L’Enlèvement des Sabines, Eho, 208 p., 17 euros. Sortie le 11 janvier 2018.

visuel : couverture du livre.