La légende de Bruno et Adèle de Amir Gutfreund chez Gallimard

1 décembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Le roman La légende de Bruno et Adele d’Amir Gutfreund est un périple enchanté de personnages fictifs mais fascinants à travers différentes époques et continents: de Tel Aviv aux forêts européennes, d’aujourd’hui à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le lecteur se laisse conduire avec un authentique plaisir. 

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Un périple fantastique.

Une série de meurtres particulièrement sanglants fait la une des journaux de Tel-Aviv. Sur les lieux de chaque crime, le commissaire Yona Merlin découvre de mystérieuses inscriptions. Le journaliste Raï Tsitrin, spécialiste des graffitis, lui vient en aide. Mais c’est finalement une adolescente fantasque  qui y retrouve les citations de son écrivain favori, le mythique Bruno Schulz. Les trois compères font équipe et l’on suit l’enquête de ces improbables partenaires dans les bas-fonds de Tel-Aviv, lieu de la mémoire de l’immigration juive.

Gutfreund a écrit là une histoire de suspense classique, chargée de rêves, de citations et de chapitres réels et fictifs de la vie de Schultz. Au delà de l’intrigue policière le roman lève le voile sur la triste histoire Schulz et porte un regard sur son héritage littéraire. Schultz est aujourd’hui un écrivain connu. Il est édité en France par Gallimard. Beaucoup compare son talent à David Grossman. Il meurt d’une mort tragique. Pendant la guerre dans le ghetto de Doraowicz, Schultz était le protégé d’un officier nazi. Lorsque « son nazi » tue un Juif qui était sous la protection d’un autre officier nazi. il s’en vante et l’autre de répondre : « Vous avez tué mon juif, je tuerai le vôtre » et  abat Schultz de deux balles dans la nuque.

Justice est faite.

Bruno Shultz est édité à titre posthume, comme une justice de la littérature. « La légende de Bruno et Adèle », roman à différentes strates continue ce travail de mémoire. Et si le roman traite aussi de la vertu de l’écriture et de la question du meurtre en série, l’enquête sert avant tout de prétexte à la merveilleuse histoire de Schultz. Le langage fluide aux métaphores fines, le passage d’un locuteur à l’autre au fil des chapitres et l’humour décapant où dans une réversion des destins, un tueur en série Juif déambule en fauteuil roulant dans Tel Aviv poussé par son fils géant et benêt, accompagne une partition policière alibi.

Dans un étrange familier, le voyage magique a lieu. Et ouvre l’envie de lire Bruno Schultz et Amir Gutfreund, mort prématurément en 2015.