Le Tableau, un premier roman décevant de Laurence Venturi

26 novembre 2016 Par
Marine Stisi
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Les Editions Albin Michel publient Le Tableau, premier roman de Laurence Venturi qui se dévoile être fort décevant alors que l’histoire, la découverte d’un Modigliani non reconnu par la profession, paraissait fort prometteuse. 

le tableau

L’effet Modigliani

Bien qu’en 1976, Ken Follett en ait déjà fait le sujet principal d’un de ses romans (Le Scandale Modigliani), Laurence Venturi, banquière et galeriste, fait d’un tableau inconnu de Modigliani le sujet de son premier roman, Le Tableau. C’est aussi que de nombreux mystères entourent l’œuvre du peintre. De nombreux faux ont circulé et circulent toujours, la porte est grande ouverte pour divers fantasmes et inventions d’histoires. Pas très étonnant que les auteurs puissent s’emparer du sujet.

Dans ce roman publié chez Albin Michel, une femme d’une quarantaine d’années, Laura, mère au foyer, trouve dans sa cave suite à une inondation, diverses toiles ayant appartenu au grand-père de son mari, Silvio. Ce dernier, tailleur et immigré italien, est adulé par sa famille. On parle de lui comme un dieu, on rêve sa vie fantasque, on expose son portrait partout dans les maisonnées. En découvrant ce tableau, Laura se lance corps et âme dans une enquête qui va le mener jusque dans les secrets de sa belle-famille. Qui était vraiment cet homme ? Et ce tableau, d’où vient-il ? Mais malgré un scénario alléchant, la mayonnaise ne prend pas.

On aimerait croire qu’une ancienne postière reconvertie en femme au foyer (car c’est bien comme cela qu’elle est décrite, esclave des tâches ménagères, qui force ses enfants à manger de la viande quand ils n’en veulent pas et épouse d’un mari à la culture écrasante, et accessoirement, toujours absent) puisse, du jour au lendemain, devenir une experte en Modigliani, contredire la parole des chercheurs en la matière, critiquer ouvertement le monde de l’art comme si personne n’y avait jamais rien compris. Le ton n’est en effet pas convaincant et les traits, trop grossiers. L’héroïne, plutôt que de nous emporter avec elle dans les méandres de son enquêtes (ce qui aurait été possible), réussit plus à agacer par sa sensibilité exacerbée (elle « vascille » sans cesse, sent son « estomac se nouer », elle « perd pied » ou « s’effraie » constemment) et son égoïsme (« Seul Silvio les préoccupe. Silvio, encore Silvio, toujours Silvio. Marre de Silvio. Qu’en est-il de notre tableau? »).

L’héroïne, employant des possessifs à répétition pour évoquer le tableau en question (« Mon Modi »), évoquant la somme exorbitante que sa famille pourrait tirer d’une vente si le tableau s’avérait être un « vrai », fait bien mauvaise figure. De quelle possession parle-t-on ? Le roman soulève en effet la question de la propriété de l’art. Ce tableau appartient-il à son créateur, à celui à qui on l’a offert, celui qui l’a acheté, ou même, celui qui l’a trouvé ? Le mythe fondateur du « trésor » revient ici au galop, mettant tout à fait le peintre en second plan.

Pour finir dans la maladresse, Laura, qui découvre l’homosexualité du grand-père aux cours de ses nombreuses recherches (cela dit, bien souvent très intéressantes et documentées), commence à parler de problème de conscience, pour finir par définir ce dernier en tant que « facho et homo ». Voilà qui est fort facheux.

Laurence Venturi, Le Tableau, Editions Albin Michel, 32€, 19.50€.

Date de parution : 3 novembre 2016

Visuel : (c) DR