« Le monde depuis ma chaise » : exil sur rue, par Sergio Schmucler

19 février 2017 Par
Yaël Hirsch
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Dans son premier roman, Sergio Schmucler, argentin exilé à Mexico à l’adolescence, met en scène plusieurs exils depuis le poste fixe du fils qui observe. Un livre poétique et vivant, par-delà les aléas de la vie et l’immobilité du héros.

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Lorsque son père part faire la Révolution, il laisse au jeune Galo une chaise qu’il a fait de ses mains. Assis à côté du bégonia qu’il fait pousser dans la calle Amsterdam de Mexico, Galo vit avec sa maman qui loue certaines pièces de son appartement et vend un temps des glaces pour gagner leur vie. C’est ainsi que Galo rencontre la jeune Ana juive-allemande exilée de Berlin ou encore un couple de professeurs de danse, fans, comme son papa, de Carlos Gardel. Lui reste et voit évoluer le monde, en Espagne et en Amérique latine, depuis la chaise de son père. Il attend que les exils reviennent, gardien de la rue d’Amsterdam, sans parvenir à commencer sa propre vie.
Vivant, poétique et riche de plus de 50 ans de réflexion sur les dictatures et les utopies, Le monde depuis ma chaise met en scène dans une langue à bâtons rompus toute une comédie humaine. On s’attache à tous les personnages, oubliant un peu le narrateur, avant de le retrouver, solide comme le bois de sa chaise et fidèle au poste dans un monde en perte de repères. Parler d’exil depuis un point fixe crée une tension à la fois originale et puissante dans le texte fluide et coloré de Sergio Schmucler.
Sergio Schmucler, Le monde depuis ma chaise, trad. Dominique Lepreux, Liana Levi, 224 p., 18 euros. Sortie le 23 mars 2017.
« Seul Dieu peut dire que les hommes sont tous égaux, et s’il peut le dire c’est parce qu’il ne les a jamais touchés. Comme il ne touche pas, il ne sent pas, et comme il ne sent pas, il ne distingue pas. Pauvre Dieu pensa-t-il finalement, tandis que sa mère faisait acte de contrition auprès de son ange gardien. Après avoir créé une infinité de corps et ne pas pouvoir les différencier. C’est sans doute pour cette raison que Dieu est si triste. » p. 130
Visuel : couverture du livre