« L’autre qu’on attendait », de Catherine Cusset, lost in transatlantique

17 août 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Auteure du Problème avec Jane et d’Un brillant avenir, Catherine Cusset poursuit dans la veine transatlantique et universitaire qui fait le sel de ses romans. Elle décentre l’intrigue de sa vie mais sur celle d’un proche, amant, ami et symbole de ceux, brillants et vivants, que le tournant du siècle a sacrifiés. Ecriture magistrale, portrait acéré et intimité exposée.

Note de la rédaction :

Meilleur ami brillant du petit frère, recalé apparemment sans raison et par deux fois à Normale Sup’, Thomas est beau, sensuel, débrouillard, parisien, vivant. Amant bref de la narratrice, il devient son ami, son double et son portrait de Dorian Gray, jusque dans l’exil à New-York. Tandis que son succès auprès des femmes ne se dément pas, que son doctorat sur Proust à Columbia semble mûrement réfléchi et la publication du livre très attendu, le très cultivé Thomas va d’échec en échec et dans sa vie professionnelle et aussi avec les femmes : Elisa, Ana, Olga et Nora, elles hésitent toutes à s’engager avec cet amant fougueux, ce grand amoureux, et ce mélomane forcené. A l’aube de ses 40 ans, refoulé des postes les plus précaires, Thomas inquiète ses amis et ses proches…

Avec l’indiscrétion revendiquée (« A la Doubrovsky ») qui la caractérise, Catherine Cusset met à nu la vie à la fois vibrante et persillée d’échecs de son « âme soeur ». Jamais tendre, ni à l’égard de Thomas, ni à son propre égard, quand elle surligne ce que son ami a perçu de ses faiblesses littéraires, l’auteure subsume l’empathie dans le souci de tout dire. Quitte à blesser, quitte à se blesser elle-même. Et pourtant, malgré le cru des mots, malgré l’objectivité de l’échec, et avec les agréables références à double entrée qui voguent entre l’esprit khâgneux et la vie sociale et intellectuelle de campus américain, Thomas émeut. L’homme plein de qualités qui n’aboutissent pas se transmue en symbole de ce qu’une génération de jeunes gens brillants, super-éduqués et très ambitieux a pu sacrifier ou laisser pourrir derrière eux. Un roman qui résonne car il creuse – sur un mode plus « posh » (Beethoven dépasse les Cure) et dans le cadre d’un certain pacte autobiographique- le sillon que Virginie Despentes avait ouvert avec son Vernon Subutex : celui de la descente aux enfers d’une génération qui a toutes les cartes en main et dont certains membres qui finissent pourtant par devoir ravaler leur ambition et laisser le déclassement les exterminer.

Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait, Gallimard, 304 p., 20 euros. Sortie le 18 août 2016.
visuel : couverture du livre


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