L’amour en cavale : Les cavaliers passagers de Flora Meaudre

9 mai 2017 Par
Marianne Fougere
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Premier roman de Flora Meaudre, première parution du Laboratoire existentiel, Les cavaliers passagers cerne au plus près des détails l’hérésie qui consiste à tomber amoureux. Une aventure des temps modernes à lire et à dévorer des yeux !

Parmi les coups de foudre et autres coups d’un soir, se glissent ces rencontres pour lesquelles on sait d’emblée que l’on est tombé sur une perle, ces rencontres qui laissent présager une longue et belle histoire, riche en aventures et en surprises. Les cavaliers passagers est l’une d’entre elles ; plus précisément, cette rencontre a été l’occasion pour nous d’une triple découverte : celle d’une nouvelle plume bien sûr, celle d’une toute jeune maison d’édition ensuite, celle d’un bon coup de crayon enfin.

Fondé par Anne-Ségolène Estay, le Laboratoire existentiel fait de l’audace et de l’expérimentation le socle d’un projet éditorial nourri de littérature tout autant que de sciences humaines. La singularité de ce labo poétique ne se restreint pas à la particularité de ces expériences de vie mises en mots par les livres ; celles-ci sont également mises en image puisque, convaincue, à l’instar de Jules Verne, que « l’illustration bonifie le récit », notre jeune éditrice prend le pari risqué de ne pas laisser le monopole des images aux moins de 12 ans.

Le récit des Cavaliers passagers est donc porté et animé par le regard double de Flora Meaudre, l’auteur, et de Vncent Biwer, son illustrateur, double regard auquel le lecteur ne peut s’empêcher de joindre le sien. Polyphonie littéraire, relation fusionnelle, amants autonomes l’un de l’autre : les mots et les images se rencontrent, s’interrogent l’un l’autre, nouent une relation étroite sans jamais s’étouffer mutuellement. En somme, une histoire d’amour profonde et délicate, aux antipodes des historiettes et autres amourettes sans lendemain qui encombrent le quotidien de l’héroïne du livre.

Lucie a 25 ans et un CV amoureux déjà bien rempli lorsque, après une longue relation, elle va se voir contrainte de rejoindre le « marché du célibat ». De saison en saison, de cavalier en cavalier, des after-works parisiens aux sites de rencontre, Flora Meaudre nous entraîne, à la suite d’une jeune fille bien de sa génération 2.0, à la recherche du prince charmant, véritable trésor perdu. Difficile, en effet, de s’y retrouver quand celui-ci se cache, peut-être, parmi la horde de prétendants qui se bousculent au portillon : catho intégriste, homme marié, brun mystérieux, …, sont autant d’obstacles auxquels Lucie doit s’affronter pour apprendre à faire le tri entre ce qu’elle pense vouloir et ce qu’elle désire réellement.

Sans autre fil conducteur que le rythme chaotique des relations homme/femme, Flora Meaudre explore avec beaucoup de justesse et d’humour, avec une pointe de sarcasme et de cynisme, ce que tomber amoureux signifie dans une société qui a fait de la consommation et de la jouissance des mantras absolus. En creux des tribulations et des angoisses de son héroïne, elle esquisse le portrait d’une génération qui tente, malgré tout et malgré elle, de réinventer ses repères amoureux tout en étant en prise avec la norme établie. Fragments d’un discours amoureux qui, dans une époque de l’accélération et de la multiplication des possibles, peine à se faire entendre, Les cavaliers passagers se dévore comme une série – la plume mordante de l’auteur y étant sans doute pour beaucoup.

« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux » : la célèbre formule de Beckett sied à ravir à une héroïne qui, dans sa quête du Graal, n’a de cesse de tomber pour mieux se relever ; elle entre également en résonance avec la fascination d’une éditrice pour la perfectibilité de l’homme et sa capacité à être le propre bâtisseur de son mouvement de vie, pour le meilleur et pour le pire… Pour le meilleur et pour le meilleur : vivement les prochaines expérimentations !

Visuel : couverture du livre


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