« La société du mystère » ou le mystère de la queue de Dominique Fernandez

22 février 2017 Par
Magali Sautreuil
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Quelle époque fut plus propice à la création artistique que celle de la Renaissance ? Mais que connaît-on exactement de cette période si ce n’est les œuvres qu’elle nous a laissées ? Que sait-on de l’intimité de leurs créateurs ? Peu de en vérité. Afin de combler les lacunes de l’Histoire, Dominique Fernandez nous invite, avec « La société du mystère », à découvrir la vie du peintre florentin Agnolo Bronzino.

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Notre cher Agnolo naît à Florence, en 1503, d’un père boucher à Monticelli. Malgré un nom qui aurait pu le prédestiner à suivre ses traces, il choisit de s’adonner à l’art.

Il devient donc le disciple de Jacopo Carruci, dit Pontormo, ancien élève d’Andrea del Sarto et ami de Rosso Fiorentino. Jacopo est un maître quelque peu étrange, qui pousse ses élèves à l’indiscipline. Son credo : la désobéissance. Orphelin avant d’avoir atteint l’âge de ses 10 ans, Pontormo manque cruellement de repères, d’où ses extravagances et fantaisies en tout genre.

Mais un artiste ne peut pas faire tout ce qu’il lui plaît. Plus ses origines sont obscures et insignifiantes, plus il doit rechercher l’amitié des princes. S’il veut rompre avec la tradition et défier l’ordre établi, il doit forcément s’appuyer sur quelques puissants.

Pour parfaire sa formation, Agnolo a pour modèle, d’un côté, l’orfèvre et sculpteur Benvenuto Cellini, un provocateur de première à l’esprit bravache qui ne connaît aucune limite et, de l’autre côté, Jacopo Pontormo, un homme de si profondes ressources et merveilleux talent, menacé par la folie, qui fait tout pour se couper de la société et passer pour un idiot fini. Difficile de trouver son style dans de telles conditions !

Mais Agnolo n’est pas au bout de ses peines. La Renaissance florentine n’est pas aussi favorable aux artistes que l’on pourrait le penser. Le XVIème siècle est en effet marqué par les guerres incessantes qui l’opposent à l’Empire de Charles Quint, les rivalités avec les autres villes italiennes comme Venise et Rome, la menace de l’Inquisition importée d’Espagne qui plane toutes les têtes et les perpétuels complots et trahisons ourdis par les Médicis.

L’Inquisition menace toute personne qui contreviendrait aux bonnes mœurs. Or, dans le milieu des artistes florentins, la sodomie, ce « vice infâme » auquel n’échappe pas Bronzino, quoique fort répandu et toléré tant qu’il reste caché, est sévèrement sanctionné pour ceux qui en sont convaincus. Afin d’échapper à la censure et aux représailles qu’ils encourent pour la liberté de leurs mœurs et de leur art, les artistes sont contraints de coder leurs créations. Regroupés au sein d’une société mystérieuse, ils se protègent mutuellement. Il est vital pour ces esprits naturellement séditieux de demeurer libres. Or, l’Inquisition, la moralisation exagérée de la société et la censure poussée à l’extrême, instaurées par l’avènement au pouvoir de Cosme Ier de Médicis et d’Éléonore de Tolède, sont autant d’entraves à la création artistique.

Pourtant, c’est durant la Renaissance que l’artiste s’affranchit du statut d’artisan.

Certains artistes bénéficient d’une renommée telle que les puissants leur pardonnent tout. Mais cette aura si singulière pèse également sur les épaules de leurs confrères. Tel est le cas du divin Michel-Ange. D’ailleurs, sa mort, en 1564, sonne non seulement le glas d’une époque, mais aussi celui du récit de Bronzino. C’est comme si après la disparition de ce grand maître plus rien n’avait d’importance.

Agnolo Bronzino, après avoir vu disparaître son maître, Jacopo Pontormo, Le Parmesan, Rosso Fiorentino, Léonard de Vinci…, s’éteint lui-aussi, à l’âge de 69 ans, en 1572.

Mais que sait-on de ce peintre tombé dans l’oubli et qualifié de « maniériste » par Giorgio Vasari, dans ses « Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes » parues en 1550 ? Pas grand chose. Pour combler les lacunes de l’Histoire, Dominique Fernandez, auteur français et académicien né en 1929, a eu l’idée d’inventer le concept de psychobiographie. Ce procédé vise à interroger les mécanismes inconscients qui relient l’Homme à ce qu’il fait.

Ici, pour nous montrer la face cachée de l’histoire de l’art, celle que l’on ne soupçonne pas et qui nous permet de pénétrer au cœur de l’intimité des peintres, l’écrivain recourt au procédé littéraire classique du manuscrit perdu. Nombreux sont les artistes à s’être livrés à l’exercice de l’autoportrait, l’idée qu’un peintre tel qu’Agnolo Bronzino ait pu rédiger ses mémoires n’est donc pas si saugrenue. Ce serait au cours d’un de ses voyages, que Dominique Fernandez, fervent admirateur de l’Italie, aurait mis le grappin dessus, chez un bouquiniste florentin du Borgo Ognissanti. Suite à la découverte de ce trésor, l’écrivain prit le parti de nous en révéler la teneur, en prenant soin d’annoter et d’arranger les « mémoires » de feu Bronzino.

Ce procédé, somme toute assez classique, est cependant rudement bien mené. Il parvient à nous faire douter de nos connaissances. Mêlant habilement fiction et réalité, ce roman, centré sur la sexualité des artistes florentins de la Renaissance et la représentation du nu, notamment masculin, dans l’art, en déroutera plus d’un !

Caractéristiques :

Titre : « La société du mystère »

Genre : Roman biographique fictif / Psychobiographie

Auteur : Dominique Fernandez

Éditeur : Grasset

Format : Grand format. 14 cm de large pour 21 cm de long

Nombre de pages : 608

EAN : 9782246863137

Prix : 23 €

Date de parution : 11 janvier 2017


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