« Je suis un chat », mais pas que… de Natsume Sôseki, chez Gallimard

31 août 2016 Par Magali Sautreuil | 0 commentaires

Le chat n’est pas un animal banal. Par son caractère, il présente quelques similitudes avec les hommes. Il est donc des plus qualifiés pour se livrer à une critique en règle du monde des hommes. Ces observations, faites au début du XXème siècle au sein de la société japonaise, trouvent encore un écho de nos jours. Ainsi, « Je suis un chat  » de  Natsume Sôseki, n’est pas seulement un roman contemporain de son époque, mais une histoire intemporelle à vocation universelle !

Son auteur, Natsume Sôseki, est né en 1867 dans le Japon d’Edo. Un an plus tard, commence l’époque Meiji, qui marque l’entrée du pays dans le monde moderne. Soumis aux influences étrangères après une longue période d’isolement, le Japon oscille entre la volonté de conserver ses traditions et celle de s’occidentaliser pour rattraper les puissances étrangères. L’ère Meiji constitue ainsi une des périodes les plus complexes de l’histoire du Japon. Le système des valeurs se trouve bouleverser. Désormais, le pays ne repose plus sur les intellectuels, mais sur les hommes d’affaires et les industriels.

C’est dans ce milieu qu’évolue l’auteur du  » Chat « .  » Je suis un chat  » a été publié sous forme de feuilletons dans un journal japonais, entre 1905 et 1906. Au départ, il ne devait comprendre qu’un seul chapitre. Puis, l’histoire s’est étoffée. Comme elle a été écrite au fur et à mesure, sans plan général en tête, elle donne l’impression de quelque chose d’un peu décousue et relève davantage d’une réflexion de l’auteur sur différents thèmes.

Comme souvent en littérature, l’auteur, par l’intermédiaire d’un animal, en l’occurence un chat, peut se livrer en toute liberté à une observation et une critique de la société. Ce chat, qui est en réalité un petit chaton, n’a cure des conventions humaines, ce qui lui permet d’avoir la distance critique nécessaire pour s’en moquer.  Tout au long du roman, il n’a de cesse de constater la stupidité des hommes, qui perdent les précieuses minutes de leur existence dans des frivolités et « prennent joyeusement de l’intérêt à ce qui n’en présente aucun ».

Ce chat, qui n’a pas de nom et qui n’a aucune idée du lieu où il est né, fait ses constations dans le foyer où il a été recueilli. Le maître du chat, le professeur de littérature anglaise Kushami, est un « homme au tempérament d’huître », « vêtu sans plus de façon », « un homme qui ne s’en tient pas longtemps à quelque chose » et « aux douleurs stomacales psychosomatiques ». Avec Meitei, l’esthète aux lunettes à monture dorée atteint de mythomanie aïgue, Dokusen, le prétendu philosophe à la petite barbichette et Kangetsu, un ancien élève de Kushami, potentiel docteur ès sciences aux sujets d’étude inintéressants à souhaits, ils forment un groupe de  » paisibles intellectuels désoeuvrés « , qui n’ont plus leur place dans le Japon de l’époque et qui ne savent plus que faire de leur vie.

Les petites scènettes dépeintes par le Chat de Sôseki sont néanmoins reliées entre elles par l’affaire du mariage de Tomiko Kaneda. C’est elle qui confère sa conférence au roman. Les Kaneda sont une famille de riches, qui tirent leur puissance et leur suffisance de l’argent des affaires. Ils souhaitent que leur fille épouse un doctorant, Kangetsu. Kushami, qui tient en haute estime la richesse née de la connaissance, les trouve vulgaires et ne consent à cela. Une bataille rangée entre intellectuels et hommes d’affaires va alors s’engager. Il s’agit d’une bataille perdue d’avance car il faut bien le reconnaître, « c’est l’argent qui mène le monde ».

Malgré le côté humoristique du roman, l’auteur, qui se rapproche à la fois de Kushami par son physique et son parcours et du Chat par ses réflexions, nous livre une réflexion profonde sur la nature humaine et l’avenir de notre monde. En effet, « de même que la nature a horreur du vide, l’homme a horreur de l’égalité ». Les êtres humains sont  » des individus qui se créent sans cesse des choses dont ils n’ont pas besoin et passent ensuite leur temps à s’en plaindre ». Ils vivent dans « un monde centré sur eux-mêmes ». Selon l’auteur, « plus on accorde de libertés à la personnalité de l’homme, plus les relations humaines deviennent difficiles ». Alors si l’Homme continue dans cette direction, qu’adviendra-t-il du monde dans lequel ils vivent ? Parviendra-t-il à éviter les écueils qui risquent de le faire disparaître ou viendra-t-il  » l’heure des chats  » ? Découvrez le fin mot de l’histoire en lisant  » Je suis un chat  » de Sôseki.

Natsume Sôseki, Je suis un chat ( » Wagahai, wa neko de aru « ), Traducteur et préface : Jean Cholley,  Gallimard / Unesco : 520 p., 13.50 €

visuel : couverture du livre


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