« I Love Dick » de Chris Kraus : récit d’une femme dans tous ses états

24 août 2016 Par Marine Stisi | 0 commentaires

Les Editions Flammarion publient, dans le cadre de la rentrée littéraire 2016, I love Dick de Chris Kraus, roman paru aux Etats-Unis en 1997 et publié aujourd’hui dans douze pays. A la fois journal intime, récit de voyage et roman épistolaire, I love Dick est un livre très juste sur une femme qui s’éprend, sous les yeux de son mari, d’un autre homme. Un dénommé Dick. Avec poésie et insolence, elle va faire de cette passion une véritable œuvre d’art.

Note de la rédaction :

Faire de l’amour de l’art

Quand Chris (Kraus) s’en va dîner, un soir de décembre 1993, avec son mari Sylvère (Lotringer) chez un ami de celui-ci, Dick, le couple est loin de s’imaginer ce qui les attend. Chris tombe amoureuse de Dick. Son mari, avec qui elle n’a plus de relations sexuelles depuis des années, accepte la situation, voire même, l’encourage.

Le couple, non sans user de leur culture sans limite (lui est universitaire, elle, est cinéaste et femme de qui s’est battu toute sa vie pour de pas être cantonnée à ce statut), se lance alors dans un projet fou : faire de l’attirance électrique de Chris pour Dick (le nom de s’invente pas) un projet artistique sous la ferme d’une correspondance enflammée écrite aussi bien par Chris que par Sylvère (ce dernier préférant jouer le jeu du mari coopérant que celui du mari exclu).

La femme au cœur du récit

C’est ainsi par le biais de lettres adressées à Dick que l’histoire se raconte… Celle d’une femme obsédée par un homme et qui le dit, l’assume, l’écrit, en faisait références à tout un monde culturel autour d’elle, d’auteurs en peintres, de sculpteurs en photographes (on trouve des passages entiers ou parfois de simples références à Louise Bourgeois, Hannah Wilke, Simone Weil ou Ron Kitaf, entre centaines d’autres). Qui a-t-il de honteux à aimer un homme, à la désirer corps et âmes, à rêver de lui la nuit ? Chris Kraus écrit à la première personne (et brouille, naturellement, les limites de la fiction/réalité puisqu’ici, aucun personnage n’existe pas réellement) et aborde un sujet qui est rarement osé : celui des fantasmes et des désirs féminins sans tabou.

« Pourquoi est-ce que tout le monde pense que les femmes s’avilissent quand nous exposons les conditions de notre propre avilissement ? Pourquoi les femmes doivent-elles toujours avoir les mains propres ? » écrit-elle. Dans I love Dick, incontestablement, par les femmes qu’elle cite (Hannah Wilke, Virginia Woolf, les mouvements féministes pro-sexe des années 70 etc.) et par la manière qu’elle a de traiter le sujet, est une traité féministe passionnant. Le désir de la femme est le centre du roman, les pulsions et le sexe traités intelligemment.

Chris Kraus, I love Dick, Editions Flammarion, 20€, 288 pages.

Date de parution : 24 août 2016

Visuel : (c) DR


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