« & Fils » de David Gilbert : fresque familiale nostalgique à la new-yorkaise

7 février 2016 Par Audrey Chaix | 0 commentaires

Lors des funérailles de son meilleur ami, le célèbre écrivain A. N. Dyer prend conscience de sa propre finitude et convoque ses deux fils aînés, Jamie et Richard, pour leur confier leur plus jeune frère, Andy : fils issu d’une relation extra-conjugale qui aura mis fin au mariage de Dyer avec la mère des deux garçons, le jeune Andy n’est peut-être pas exactement ce que tout le monde croyait … Racontée par Philip Topping, le fils de l’ami décédé, cette fresque familiale, dont New York est le cœur battant, ravira les amoureux du genre.

Cette drôle d’esperluette, qui entame le titre du roman, joue un rôle crucial dans & Fils. En effet, Esperluette est le titre du roman de A. N. Dyer qui lui a apporté la célébrité, devenu un classique que tout adolescent américain se doit d’avoir lu. Roman d’université, dont Gilbert donne quelques extraits à lire à son lecteur, Esperluette est en quelque sorte l’acte majeur de Dyer, sur lequel il a fondé sa carrière d’écrivain, et qui rythme ses derniers jours alors qu’autour de lui, ses fils ne parviennent pas à trouver leur place face à une image paternelle trop intimidante.

C’est sous-entendu dans le titre, & Fils est un roman d’hommes. D’hommes au crépuscule de leur vie, effrayés par un bilan qui les hante, hommes d’âge mur en proie à un héritage dont ils ne savent que faire, jeunes hommes, encore adolescents, obsédés par le besoin de plaire. Surtout, & Fils est le roman de la relation entre ces hommes : celle, difficile, qui unit les membres d’une même famille. L’amitié entre Dyer et Topping, à l’origine du roman, et derrière laquelle se cache bien plus qu’une simple camaraderie. Face à cette abondance de testostérone, les femmes se dessinent à contre-jour, dans la relation qu’elles entretiennent avec les hommes, véritables protagonistes du roman.

Le véritable point central de ce roman, autour duquel convergent tous les personnages, c’est bien la ville de New York, dans un cercle assez fermé autour de Central Park et de la Frick Collection. Un périmètre très restreint, qui montre que l’on parle ici d’un cercle très privé de New-Yorkais, résidant dans l’Upper East Side. À la fois familière et insaisissable, la ville se raconte au travers du regard que porte chacun des protagonistes sur elle.

Ces différentes thématiques suffisaient largement à un roman riche et foisonnant. Dommage que Gilbert y ait ajouté une intrigue quelque peu superflue, concernant les origines du jeune Andy. Affabulation de A. N. Dyer ou réalité, ce n’est jamais tranché, mais cela reste peu crédible, et finalement, inutile quant à l’économie générale du roman. Au lieu de lui ajouter une dimension supplémentaire, cela ne fait que créer des longueurs – a contrario, les sentiments de Topping pour Dyer à l’adolescence ne sont qu’évoqués, alors que cette relation, et les réactions qu’elle déclenche chez l’un et chez l’autre, auraient pu former un développement passionnant.

Il n’en reste pas moins que & Fils est un très beau roman, chargé d’une grande finesse dans l’analyse des relations humaines, et particulièrement familiales. Très bien écrit, avec une forme narrative qui reste classique, mais efficace, ce roman se lit avec beaucoup de plaisir.

& Fils, de David Gilbert. Traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude. Éditions Actes Sud. Paru en septembre 2015. 496 pages. Prix : 23,80 €

Visuel : (c) DR


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