Ecrire à l’élastique : Correspondances de Nicolas Fargues et Iegor Gran

8 mars 2017 Par
Yaël Hirsch
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Quand deux auteurs des éditions P.O.L. décident de s’écrire entre Wellington et Paris, l’exercice est périlleux. Quand ils sont aussi opposés (en apparence) que Nicolas Fargues et Iegor Gran, c’est carrément du saut à l’élastique. Sur fond de références littéraires et de prédation sexuelle, cet échange de verbe un peu suranné entre « mecs » de plume est un délicieux exercice qui n’empêche pas l’ironie et la causticité. D’où peut-être le sous-titre « roman ».

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Toujours aussi nomade, Nicolas Fargues conjure la tentation de la banalité d’un appartement à Malakoff parmi les bobos en acceptant une résidence à Wellington, Nouvelle Zélande. Une manière de barouder pour renouveler son inspiration aussi. Mais comme lui fait remarquer son ami, le sédentaire, très marié et très parisien Iegor Gran, il part avec un sacré élastique qui le ramène à Paris puisqu’il s’est entiché d’une jeune-femme aux courbes appétissantes et cruche juste ce qu’il faut : Leonor, juste avant son départ. L’enjoignant de se libérer de cette nouvelle flamme un peu forcée pour écrire Gran enquête à Paris sur Léonor et découvre qu’elle est fiancée avec un marketeux profondément ennuyeux, Barté. A Wellington, Fargues tâte de l’expatriée et de la néo zélandaise sportive en diable, mais depuis Paris, c’est bien Gran qui va l’aider à taquiner de nouveau sa muse…

Correspondance de mecs, lettres de parisiens – langues – de – vipère, cet échange de lettres à l’ancienne privilégie l’amitié à la tendresse. Entre le pilier cultivé et curieux, et le séducteur las du monde et de lui-même, l’écriture passe comme si le sang circulait à nouveau. Et c’est touchant ces deux poètes grands enfants qui s’entraident. Par-delà les jeux de mots et les plans machiavéliques échafaudés pour piéger la sauvage Leonor à coup de vol de brosse à dents, il y a une jolie bienveillance et un vrai respect littéraire, à l’ombre  des remarques économes de Jean Echenoz.

Nicolas Fargues et Igor Gran, Ecrire à l’élastique, Roman, P.O.L., mars 2017
224 pages, 16 €
Visuel : couverture du livre et photo officielle POL