« Éclipses japonaises » d’Éric Faye, un livre sombre et brillant

10 septembre 2016 Par Jérôme Avenas | 0 commentaires

En cette rentrée littéraire, un peu morose, il faut bien le dire, brillent çà et là quelques pépites. « Éclipses japonaises » d’Éric Faye en fait partie. En partant d’une affaire de disparitions de jeunes japonais à la fin des années 1970, l’écrivain taille un récit vigoureux dans la matière du fait divers. On part au cœur de la vie déchirante de ces personnes enlevées par la dictature nord-coréenne.

Note de la rédaction :

Pour son nouveau roman, paru au Seuil, Éric Faye s’est inspiré d’un fait divers : la disparition de jeunes japonais dans les années 1970. Naoko, 13 ans, disparaît en 1977 à Niigata après son cours de badminton. En 1978, c’est au tour de Setsuko, 20 ans, enlevée sur l’île de Sado. En 1979, c’est un jeune archéologue, Shigeru, qui s’évapore sur le chemin de la poste où il s’apprêtait à poster sa thèse. En 1966, il y a aussi Jim, soldat américain qui choisit de déserter pour éviter le Vietnam et qui est arrêté par l’armée nord-coréenne dans le no man’s land de la frontière entre les deux Corées. C’est l’arrestation, à Berlin-Ouest, dans les années 1980 d’une agent spéciale nord-coréenne qui relance l’enquête sur les disparus.

Éric Faye demeure fidèle au témoignage des captifs – l’ouvrage est très documenté comme en témoigne la bibliographie en annexe -  tout en prenant le large en direction de la fiction. Il fait un montage savant qui dénoue petit à petit le mystère et l’intrication complexe du lien entre les captifs. Le savoir-faire du reporter est au service de l’art du romancier, dans une alchimie parfaitement maîtrisée. Quand un livre est réussi, il vous marque durablement. Au-delà de l’histoire racontée, de son tragique, le livre d’Éric Faye touche par une écriture sans détours, sans fioritures mais qui bannit la sécheresse :

«  Le volumineux poste de radio nous redonne, à Setsuko et moi, l’appétit de vivre et gradue nos journée de bulletins d’information précieux. Et puis, nous écoutons des musiques que nous n’avions plus entendues depuis une éternité. Du Jazz et de la pop ; des chants qui n’ont rien de martial. C’est idiot, dit comme ça, mais nous tenons alors la preuve que le reste du monde existe toujours. Nous suivons religieusement les actualités de la KBS et Setsuko est d’autant plus assidue que, de nuit, on capte sans trop de mal les stations japonaises. Je me souviens très bien du jour où je fais écouter pour la première fois aux enfants Voice of America, en coréen cette fois. Je leur dis ceci : le monde que vous connaissez n’est pas le vrai monde. La Corée où vous êtes nés est une crevasse dans laquelle le temps est tombé et s’est retrouvé piégé. »

 


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