Dix-sept ans, la confession « à-mère » d’Eric Fottorino

27 août 2018 Par
Amelie Blaustein Niddam
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C’est donc pour cela qu’il aime tant la bicyclette ? Pour s’évader, oublier que ses origines sont comateuses ? Chez Gallimard, Eric Fottorino signe son livre de sa mère.

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Avouons-le tout de suite, on entre dans ce livre perplexe. Rapidement, le ton parfois ampoulé et les descriptions pâteuses « Elle m’a offert un déjeuner de soleil sous les arbustes de giroflées blanches comme des flocons de neige » nous font sentir que ce récit-là est difficile pour l’auteur de l’homme qui m’aimait tout bas. Parler de la mère est plus difficile que de parler, du, des pères.

Puis, très vite, on retrouve la plume de l’ancien directeur du Monde, qui sait si bien dresser des galeries de personnages et particulièrement les mettre tellement en relation avec une époque, qu’ils deviennent cette époque.

Il l’avait déjà écrit qu’il était Fils de berbères , il avait déjà écrit qu’il avait été adopté dans l’homme qui m’aimait tout bas.  Avec Dix-sept ans, il nous installe dans la France d’avant Mai 68, en 1960 tout rond. Epoque assez médiévale où une jeune femme, Lina n’est pas libre. Lina qu’il a du mal à appeler maman. Lina qui un jour à soixante-dix ans passés réunit ses fils pour leur annoncer un énorme secret de famille. Nous pensons que l’histoire va être la résolution de cette affaire, il n’en est rien. Eric se barre, seul et part à sa recherche, la sienne, l’histoire de sa naissance, à Nice.

Plus le livre avance, plus il devient une quête aux allures policières dont on veut savoir l’issue. Cette histoire personnelle devient totalement universelle. Le romancier décrypte l’impossible relation entre mère et enfant ou plutôt entre enfant devenu grand et la mère. Une fois la fonction disparue, une fois l’enfant élevé, comment se parler encore, comment remplir le vide laissé par la fin du contrat ? La réponse est dans la tentative de compréhension de qui était cet autre à son age.

Dans ce puzzle, toutes les pièces seront retrouvées, dont beaucoup sont des fantômes. Cela apaisera-t-il le personnage, Eric Signorelli ? On en doute. Classé en roman dans la très chic édition NRF, on sait pourtant qu’ici, Fottorino signe un reportage sur la France catholique et archaïque des années 60 dans laquelle les révolutions allaient arriver.

Eric Fottorino, Dix-Sept ans, Gallimard, 17 aout 2018