Cyril Dion : Imago ou le dédoublement du monde

18 août 2017 Par
Marianne Fougere
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Avec ce premier roman, le co-réalisateur du documentaire Demain réitère son engagement pour le monde, pour un monde différent. Un manifeste vibrant qui oppose à la radicalisation la radicalité créatrice de l’imagination.

dion

On connaissait Cyril Dion l’homme engagé, cofondateur avec Pierre Rabbi du mouvement Colibris. On connaissait Cyril Dion le réalisateur dont le film Demain a obtenu en 2016 le César du meilleur documentaire. On connaissait Cyril Dion le poète, auteur du recueil Assis sur le fil. On connaît désormais Cyril Dion l’écrivain, le romancier qui, sous couvert de fiction, s’attache à approcher au plus près les tragédies durables des XXe et XXIe siècles. Celles écologiques, celles terriblement humaines qui surgissent des conflits.

Au cœur donc de cette tragédie des temps modernes, quatre personnages a priori sans lien les uns avec les autres. Sans lien a priori mais pourtant étroitement liés par la magie du destin. Comment ? On se gardera pas bien de vous le dire, ce serait un crime que de vous gâcher le plaisir de la lecture. On se contentera donc d’une seule révélation : deux d’entre eux sont unis par les liens du sang… Plus précisément deux frères que tout oppose : quand l’un est nerveux et gigotant, l’autre se réfugie dans le pacifisme et les livres ; quand l’un rejoint les rangs de « ces cons qui font miroiter l’amour d’Allah », l’autre survit dans un quotidien fait de bombes et de sacrifices ; quand l’un s’apprête à commettre l’irréparable, l’autre se lance à sa poursuite pour arrêter à temps cet attentat suicide. Pourtant dire ceci ne serait pas rendre justice au livre de Cyril Dion. Se contenter de ces quelques lignes reviendrait à réduire le livre précisément à ce qu’il n’est pas : à savoir un énième bouquin sur le pourquoi du comment qui mène certains jeunes – palestiniens ou non – sur les voies de la radicalisation. Cyril Dion ne cherche pas à expliquer ce qui peut l’être que difficilement, pas plus qu’il ne tente d’excuser ce qui semble impardonnable. Il essaie seulement, mais avec force et engagement, de donner une représentation synoptique de la radicalité. Deux frères donc pour deux manières d’affronter le même obstacle. Se révolter, s’interposer : deux aspects d’une même radicalité qui fait appel au courage des ruptures plus ou moins constructives.

Aussi, l’exploit de ce petit livre, sans prétention autre que celle de donner à entendre les clameurs du monde, réside-t-il peut-être dans la manière qu’il a de rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique. En creux des lignes de vie, c’est l’horizon du champs des possibles qui s’agrandit, ce même horizon que les discours politiques, les chaînes d’info en continu, les entreprises diplomatiques cherchent précisément à réduire le plus possible.

Cyril Dion, Imago, Paris, Actes Sud, sortie le 16 août 2017, 224 p., 19 euros.

Visuel: couverture du livre