[Critique] « La Chambre des époux », les poupées russes de mots d’Eric Reinhardt

22 juillet 2017 Par
Yaël Hirsch
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Après L’Amour et les Forêts, Eric Reinhardt nous propose à nouveau d’entrer dans la chambre des époux, dans l’imaginaire des amants et dans l’union face à la mort. Attention, un roman d’Eric Reinhardt peut en cacher un autre et ses coulisses…

reinhardt

Le narrateur revient sur une période de sa vie quand un cancer du sein en phase 4 a été diagnostiqué pour sa femme. Terrorisé de perdre sa moitié, il accepte le challenge qu’elle lui impose de finir Le système Victoria en quelques semaines. Elle vainc la maladie, lui la page blanche et ils se retrouvent, heureux. Sauf qu’une autre femme atteinte d’un cancer touche l’écrivain… Il commence alors un livre qui n’a jamais été publié, Un seule fleur, où un époux quitte sa femme quelque temps (et veut lui revenir) pour assister et aimer une belle femme attirante et condamnée par le cancer…

Eros/ Thanatos, Eric Reinhardt émacie la trame du roman jusqu’à la substantifique moelle, ne lui adjoignant que quelques potins de la vie parisienne et considération sur un opéra de Debussy ou une pièce de Castellucci. L’angle précis et précieux vient de la nature en gigogne de La chambre des époux : un texte en cache un autre qui se révèle, pour- comme dans un film d’horreur avéré- prendre toute la place. Roman en poupée russe, ce nouvel opus d’Eric Reinhardt prouve qu’en littérature comme en chimie rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Y compris la mort si l’on observe attentivement sa caresse.

Eric Reinhardt, La chambre des époux, Gallimard, 176 p., sortie le 17 août 2017. 16.50 euros.
visuel : couverture du livre