« Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique », roman audacieux de Balli Kaur Jaswar

20 juin 2018 Par
Marine Stisi
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Les Editions Belfond publient Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, roman de Balli Kaur Jaswar, un livre étonnant et bien moins léger que peut le laisser penser son titre.

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Le livre à lire

L’année dernière, l’actrice et réalisatrice hollywoodienne Reese Whiterspoon faisait de ce roman au nom cocasse, Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, le must read de son fameux club de lecture, un club qu’elle alimente fréquemment de recommandations littéraires, notamment en matière de littérature pour femmes. Les Editions Belfond ont eu la bonne idée de publier ce livre, dont son autrice n’a jamais été publiée en France.

Avec un tel nom, le lecteur serait tout à fait dans son droit s’il pensait trouver dans ce roman du divertissement. Si ce n’est pas totalement faux – ce livre s’avère être en effet, entre bien d’autres choses, très drôle -, c’est en réalité un livre d’une extrême audace et bien plus lourd de sens sous ses airs à l’eau de rose.

Une histoire bien ficelée

Expliquons-nous. Le roman débute alors que Nikki, jeune femme anglaise aux parents indiens de religion sikh, se voit imposer par sa petite sœur d’aller lui punaiser au Gudwara de Southall (le quartier indien à l’ouest de Londres) une petite annonce un peu spéciale… En effet, celle-ci a une idée bien précise en tête : se dénicher un mari. Nikki, elle, n’est pas aussi ancrée dans la tradition que l’est sa sœur et désapprouve totalement les mariages arrangés. Elle finit par accepter et c’est en se rendant au temple qu’elle va tomber sur une petite annonce : recherche professeur pour des cours d’écriture. Nikki, embauchée dans un pub miteux, n’hésite que quelques secondes avant de postuler.

C’est le début d’une aventure formidablement humaine et, surtout, véritablement féminine – voire, féministe, évidemment. Le cours d’écriture, sans véritable barrière, devient le lieux de parole d’un groupe de veuves indiennes qui, enfin, osent parler de ce dont elles n’avaient jamais parlé avant : le désir, la passion, le sexe. Nikki, même si elle pensait en avoir déjà fait l’expérience, découvre de ses propres yeux un monde où la femme n’a pas son mot à dire et dont la maxime pourrait être mieux vaut la mort que le déshonneur. Un monde terrible pour les femmes.

Un livre politique

Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique est comme un coup de pied dans une fourmilière, un livre qui s’attaque, derrière une couverture colorée et des réparties sanglantes, à la question ô combien délicate des droits des femmes indiennes, dans leur pays d’origine mais aussi partout dans le monde. Violences, agressions, féminicides, viols : l’Inde fait fréquemment la une des journaux avec une actualité terrifiante. Ces dernières années pourtant, les femmes, de plus en plus, se sont soulevées, crient aux injustices qui perdurent encore, à l’insécurité qui règne.

Alors, dans ce contexte, ce livre apparaît comme une petite pierre à cet édifice actuellement en construction. Il donne à entendre les voix des femmes indiennes à travers le monde, écartelées entre tradition et modernité. Avec légèreté, il fait entendre une parole importante, parce que primordiale : celle de l’émancipation des femmes dans un contexte qu’on lui fait croire défavorable.

Le Club des Veuves qui aimaient la littérature érotique, Balli Kaur Jaswal, Editions Belfond, 352 pages, 21€.

Couverture : ©DR